Pratiques N°89 Manifestons-nous

Ce dossier voudrait encourager chacune et chacun à se manifester, là où il est, avec les moyens qui sont les siens. Il s’inspire de la mobilisation de ces derniers mois, ce mouvement de grèves et manifestations sans précédent, dans les métiers de la santé qui sont arrivés au bout de ce qu’il est humainement possible de supporter du non-sens. Au travers de situations concrètes, exemplaires de la dégradation des relations de soin et de leur qualité, c’est le moment de réaffirmer notre rejet des projets et idéologies rationalisants et déshumanisants que veulent nous imposer ceux qui décident. En sacrifiant le sens même des missions de soin, ainsi que les savoirs soignants, élaborés depuis des lustres, sur l’autel de la productivité, les décideurs ont tué la poule aux œufs d’or. Ce qui se révèle aujourd’hui est la face enfin émergente d’un état de dégradation profonde de la conception du soin au profit de sa marchandisation galopante, en passant par la négation de l’expression de notre humanité, alors qu’on sait comme elle est essentielle à la relation soignante, qu’on soit soigné ou soignant. L’inégalité profonde des conditions d’accès aux soins, les difficultés de réalisation lorsqu’ils sont accessibles et l’impossibilité d’exercer les métiers du soin, de façon satisfaisante pour les protagonistes, sont arrivées au bout de la patience, et par là de l’engagement, pourtant légendaire des soignants. Les conditions de vie et de travail des patients comme des soignants sont devenues trop difficiles et conduisent à des situations inédites de risques d’erreur et d’insatisfaction mutuelle. D’ailleurs depuis quelques années, les écoles d’infirmières et d’aides-soignantes ne font plus recette et peinent à recruter, ce qui est un signe particulièrement inquiétant pour l’avenir d’un système de soins.
L’énonciation des difficultés concrètes que connaissent tous ceux qui sont confrontés à ces situations doit permettre de comprendre les fondements de cette « crise » perpétuelle et les mécanismes de son aggravation pour se donner les moyens de l’affronter et de développer les arguments qui permettent de la contrer.
La seule voie possible aujourd’hui est de lutter contre un système de santé basé sur le profit, de s’opposer à la mécanisation des comportements, d’élaborer des contre-propositions s’appuyant sur l’expérience, de formuler encore et encore des projets qui permettent de dessiner un monde des soins dans lequel nous pourrions de nouveau nous investir, inventer, créer les conditions de faisabilité, et surtout nous épanouir.

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