Pratiques N°92 Vieillir vivant

Vieillir est un processus inscrit dans notre patrimoine génétique, mais qui ne dit rien du désir ni du sentiment d’être vivant.
Force est de constater qu’il ne fait pas bon vieillir dans nos sociétés déritualisées et axées sur la productivité. Ce dossier propose de partager les réflexions des intéressés, ainsi que des professionnels du soin et des chercheurs sur une problématique qui nous concerne tous et d’envisager comment on pourrait redonner « aux vieux » une qualité de vie à laquelle ils sont en droit de prétendre.
La plupart des associations de bénévoles fonctionnent grâce à l’engagement des retraités. L’aide financière, éducative, sportive, la garde des petits enfants font partie de l’économie familiale souterraine et indispensable, qui assure le lien entre les générations, mais qui est rarement estimée à sa juste valeur.
Au mieux, les personnes âgées suscitent l’indifférence, au pire certaines subissent la maltraitance de leurs proches ou des institutions qui les accueillent : entre les deux, une kyrielle de situations qui ont pour corollaire l’absence de considération de la parole de la personne, de sa place, quel que soit son âge. Faut-il renier « les vieux » pour se sentir exister ? C’est ce que suggère le « jeunisme », forme de rejet des plus expérimentés, prétendant substituer la nouveauté à l’archaïsme qui constituerait un problème.
Mais le déclin progressif de nos capacités physiques ou psychiques ne signifie pas la perte de notre humanité. Personne ne doit et surtout ne veut être réduit à la « prise en charge » de ses difficultés, même si celles-ci augmentent inéluctablement avec l’âge.
Les personnes âgées ont payé un lourd tribut à la Covid-19. On les a dissuadées de se rendre aux urgences, avec pour conséquence une aggravation de leurs conditions de vie en Ehpad, alors même qu’elles avaient été coupées de leurs proches. Cette pandémie aura mis en lumière la manière dont on déconsidère « les vieux » aujourd’hui. Que pensent les personnes concernées de la forme radicale de confinement à laquelle elles ont dû se soumettre, de la dépossession réglementaire de leur libre arbitre ?
Les Ehpad sont-ils la solution pour accompagner le « grand âge » ? Des alternatives existent déjà ici ou là. L’accompagnement à domicile est sans doute à repenser et d’autres formes d’organisation restent à inventer.
Quels dispositifs permettraient aux personnes âgées de vivre au plus près possible de leurs désirs et d’occuper la place qu’elles souhaitent dans la cité ?
Qu’est-ce que les vieux auraient à nous dire que nous ne voulons pas entendre et qui nous fait les mettre à l’écart ? Qu’aurions-nous à leur dire ? Comment restaurer une confiance mutuelle entre les générations, un partage de connaissances qui permette un dialogue équilibré et qui soit source de plaisir et de progrès ?
Il faut déjà commencer par reconnaître « aux vieux » ce qu’on leur doit : la dignité d’exister.

À NOTER  :
La case cochée en vert clair devant les articles indique que celui-ci peut être lu directement sur le site. Ce sont soit des articles en accès libre, soit des versions longues d’articles parus dans la revue.
Conditions d’utilisation des articles de Pratiques.

Sommaire du N°92