Pratiques N°90 Covid-19 : autopsie d’une crise (1e partie)

Ce dossier est consacré à la pandémie Covid-19 survenue dans un contexte de délabrement du service public de santé, que nous observons et dénonçons sans relâche depuis des décennies.
On y suit le témoignage des difficultés rencontrées par les soignants, leurs réflexions, leurs analyses, selon leur place et lieu de travail. On voit aussi comment des citoyens se sont mobilisés et organisés pour faire face au confinement.
L’idée est de rendre compte de cette crise, toujours en cours, en référant l’expérience de ces acteurs à l’histoire de la déconstruction politique et idéologique des moyens et principes du soin qui vise à faire de la santé un produit commercial rentable… Cette pandémie, qui s’est déclarée au cœur d’un bras de fer entre les soignants et l’État, agit comme un révélateur sociétal.

La grève des soignants en psychiatrie, aux urgences et dans d’autres services hospitaliers, dont les analyses convergent avec celles des professionnels du médico-social, n’avait rencontré que déni et répression de la part des autorités. Pourtant, les soignants hospitaliers n’ont pas hésité à répondre présents face à la nécessité de leur engagement. Ils sont alors passés de manifestants matraqués à « héros de la nation ». Un retournement hélas à l’aune de cette société qui adule un jour et oublie le lendemain. Comment les héros, déjà au bout du rouleau, ont-ils fait pour tenir, comment ont-ils vécu la situation, travaillé malgré leur épuisement physique et psychique ? Comment ont-ils affronté la peur d’être contaminés ?

La déstructuration des services hospitaliers publics par les fermetures de lits, les réductions drastiques des budgets et des personnels, la politique du flux tendu dans un hôpital géré comme une entreprise, ainsi que la volonté de substituer un système ambulatoire à l’hospitalisation – qui a « justifié la fermeture de 100 000 lits » – ont très sérieusement compromis les soins d’un flux exceptionnel de patients gravement atteints.

La question écologique, les modifications environnementales à l’origine de la plupart des épidémies récentes ont été totalement négligées alors que les scientifiques ne cessent de nous alerter sur les dangers qu’elles font craindre pour la santé de la population.

L’organisation des soins de première nécessité dans les territoires, les relations ville- hôpital, public-privé, l’opportunité de passer à une médecine numérique, sans contact, sans clinique, ont mis en évidence les nombreux effets collatéraux de l’arrêt brutal de l’activité due au confinement. Où sont passés les patients non infectés mais porteurs de pathologies chroniques ? Quels risques encourent-ils pour la suite ?

L’impréparation et la difficulté du gouvernement à « se mettre en marche » une fois la crise déclarée, les tergiversations, la gestion des informations, contradictoires, imprécises des « conseillers scientifiques », ce que la recherche nous a donné à voir des travers de son organisation, de sa dépendance à des financements non pérennes, des comportements individuels, des intérêts des laboratoires, des débats sur les traitements ont accentué la difficulté pour les soignants et autres citoyens à se faire une opinion, et accru leur défiance.

Ce dossier a été réalisé avec la volonté de montrer la crise provoquée par la Covid-19, au jour le jour, dans ses effets sur les personnes comme dans les questions qui se sont posées et auxquelles nous avons dû trouver des solutions. Certaines choses ont déjà changé, en bien comme en mal, au moment de sa parution… Le deuxième volet de cette aventure qui se poursuit paraîtra en octobre.

À NOTER  :
La case cochée en vert clair devant les articles indique que celui-ci peut être lu directement sur le site. Ce sont soit des articles en accès libre, soit des versions longues d’articles parus dans la revue.
Conditions d’utilisation des articles de Pratiques.

Sommaire du N°90