Lu : Rien ne s’oppose à la nuit *

Proposé par Jean-Louis Gross

Il faut oser offrir ce livre en cadeau, ce n’est pas anodin. Pas un roman policier de détente pour les vacances. Non, il s’agit carrément d’un chef-d’œuvre d’humanisme, d’un témoignage qui percute les vicissitudes de la vie, laissant la sensation que la vie gagne sur la souffrance, quoiqu’il arrive. Le livre pourrait se résumer dans cette devise que je trouve mythique : « Quoi qu’il arrive, le soleil se lève toujours le matin ». Combien de nuits à attendre ce lever de soleil qui dissipe l’obscurité, qui permet de retrouver un soupçon de chaleur au petit matin. Ce constat, tout sauf banal répond au titre du livre : Rien ne s’oppose à la nuit. Delphine de Vigan nous offre un témoignage bouleversant au travers de l’histoire de vie de sa mère Lucille, en laissant au lecteur le soin de comprendre, de sentir au fil des pages qu’il ne s’agit pas d’une fiction.
Le livre se déroule en trois respirations :
L’enfance de Lucille pose un décor qui, bien que tourmenté et endeuillé, laisse une large place au bonheur quotidien. Elle nous raconte de nombreux détails provoquant le sourire.
Dans la deuxième partie, Lucille, jeune maman est malade, l’auteure raconte sa propre enfance et nous entraîne dans une spirale à la Zola, donnant toute la mesure de la fragilité de notre propre existence. Elle sait trouver les mots justes, la juste distance entre la froide narration et la perte de contrôle émotionnelle. Nous l’accompagnons pas à pas vers l’inimaginable.
La stabilisation de l’état clinique et la fin de vie de Lucille nous ramènent à la réalité sans euphorie, mais avec une force de vie rare.
Ce qui rend ce livre incontournable pour nous, c’est que, sans donner de leçon, sans vouloir tirer des conclusions ou des jugements, l’auteure refuse de sombrer dans une plainte mélancolique, et se place en témoin toujours vivant.


* Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, J.-C. Lattès, août 2011.


Pratiques N°59, janvier 2013

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