Les hélicoptères de l’espoir

Patrick Dubreil
Médecin généraliste

Il y aura une salle de soins avec un bureau, des chaises et le matériel habituel. Y seront assis, au gré des consultations, un père, un nourrisson, une famille de gitans sédentarisés, des sœurs jumelles, un sans domicile fixe, un Américain en vacances, une adolescente en rupture familiale, un Tchadien sans-papiers, un vieillard cardiaque dyspnéique, un cancéreux entre deux eaux, ou deux frères, le médecin et son patient.
Ce sera la consultation de garde des urgences d’un hôpital français, local ou universitaire, assurée par un médecin généraliste qui sera payé au plus haut échelon de la grille salariale des praticiens hospitaliers. Cette garde fonctionnera « H24 » avec un roulement des trois-huit et sera obligatoire jusqu’à cinquante ans pour tous les généralistes du pays (sauf dérogation médicale), facultative de cinquante à soixante ans, âge légal de départ à la retraite.
En lien avec l’équipe d’accueil et d’orientation des urgences, le médecin généraliste donnera ses premiers soins et orientera les patients vers les urgences médicales, chirurgicales ou gynéco-obstétricales. Le plus souvent, le patient regagnera son domicile.
Le pays aura changé depuis l’instauration de la sixième République. Les hôpitaux et maternités de proximité auront rouvert en fonction des besoins de la population. Les cahiers de doléances des Gilets jaunes et des syndicats auront été précieux. Les hélicoptères de combat et de gendarmerie auront stoppé leurs vols autour des terrains de guerre et de manifestations d’opposants politiques et appartiendront dorénavant au corps de la Sécurité civile et du Service d’aide médicale d’urgence (Samu). Ils auront été repeints en jaune.
Enfin les patrons pollueurs, dont l’État, condamnés au pénal, paieront les soins de dizaines de milliers de travailleurs cancéreux (irradiés du nucléaire, ouvriers, dockers, agriculteurs) ou de riverains, exposés à des agents chimiques dangereux, via la caisse employeur de la Sécurité sociale, qui dès lors, verra ses recettes augmenter.
Depuis la mise en place de ce système de santé publique, les médecins d’urgence seront accessibles à tous, partout sur le territoire, sans avance de frais pour les patients. Le désespoir aura changé de camp.


par Patrick Dubreil, Pratiques N°87, octobre 2019

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