Lu : À nos amis*

Présenté par Lionel Leroi-Cagniart

En temps de confinement, de crise ou de guerre prétendue, ce livre est une porte ouverte vers une bonne santé psychique. Un réveil qui berce et qui borde la pensée comme un enfant avant la nuit. Roboratif d’apprendre qu’on peut cogiter autrement les grands enjeux de notre vivre ensemble au-delà de certaines fulgurances radicales. Amusant d’inverser les valeurs. Surprenant d’entrevoir des solutions. Jouissif d’observer des possibles.
Ce livre s’adresse à ceux qui ne supportent plus le règne de la bêtise, du mensonge et de la confusion. Il se veut une contribution à l’intelligence de ce temps. Ce livre est un festival de considérations et de concepts revisités ou remis à l’endroit d’un bon sens qui n’aurait jamais dû nous échapper.
Les insurrections se prolongent moléculairement, imperceptiblement, dans la vie des quartiers, des collectifs, des squats, des centres sociaux, des êtres singuliers, au Brésil comme en Espagne, au Chili comme en Grèce…
Riche d’enseignement d’approcher le « mouvement espagnol d’occupation des places » et d’expérimenter à l’occasion d’épisodes collectifs, des bonheurs qui pourraient durer, mais que les pouvoirs ont cassés, médiatiquement surtout. Revigorant de reconsidérer les notions d’effort au service d’un autre capital que celui qu’on retrouve en bourse au lieu d’être dans nos personnes corps et âme. C’est une utopie qui se pense, se partage et se teste en petits comités (invisibles ?) pour l’instant.
Il existe beaucoup de petites communautés. Il en reste encore plus à créer pour atteindre le niveau d’une vague submergeant ce qui nous étouffe. Comment dit-on « Je ne peux plus respirer » en langage efficace ?
À nos amis ouvre des perspectives, élargit nos sens, offre un horizon frugal mais joyeux. Si vous détestez le monde d’aujourd’hui, vous aimerez la vie de demain qu’il suffit de vouloir au présent. Ici, pas de création en ismes, pas de novlangue, ni de plan binaire, structuré, à respecter. Juste une liberté d’appropriation par le plaisir et le désir qu’engendre l’intelligence du propos.
C’est un genre de texte à portée universelle. Qu’on soit un intello ou pas, un bobo ou pas, un paumé ou pas, un de peu ou de beaucoup pris dans les rais du maillage infernal des contradictions entre nos envies et le réel. Le réel dans lequel nous étrangle le libéralisme, le capitalisme et autres ismes, à savoir le capital libéral borné, taré, obtus.


Extraits choisis, comme on dit des bons vins.
Ces extraits sont matière à penser en commun, à s’interroger, à frictionner.

« Ce qui est en jeu dans les insurrections contemporaines, c’est la question de savoir ce qu’est une forme désirable de la vie, et non la nature des institutions qui la surplombent. » Bref, qu’est-ce qu’on veut vraiment ?
« Si l’on a déjà vu des foules en colère faire des révolutions, on n’a jamais vu des masses indignées faire autre chose que protester impuissamment. La bourgeoisie s’offusque puis se venge ; la petite bourgeoisie, elle, s’indigne puis rentre à la maison. » Que vaut l’indignation à 20 heures aux fenêtres ? À croire que tout est construit pour qu’on en reste là.
« Qu’une chose aussi répugnante qu’une Assemblée générale de copropriétaires soit possible devrait déjà nous prémunir contre la passion des AG. » C’est plutôt sympa les AG, non ? Vu ce que ça donne, faut peut-être passer à autre chose.
« Les politiciens ne sont pas là pour nous représenter. Ils sont là pour nous distraire puisque le pouvoir est ailleurs… » Concevoir autre chose que ce qu’on voit à la télévision par exemple ?
« Tout n’est pas organisé, tout s’organise. La différence est notable. L’un appelle la gestion, l’autre l’attention – dispositions en tout point incompatibles. » Et si on essayait de trouver des exemples dans nos rapports sociaux ?
« Ne croyons pas que l’on cherche à nous détruire. Partons plutôt de l’hypothèse que l’on cherche à nous produire… » Décortiquer ce genre de proposition pourrait guider bien des échanges entre voisins confinés. Attention aux dérapages à 20 heures aux balcons.
« Toute la vie sociale des métropoles opère comme une gigantesque entreprise de démoralisation. » Chacun peut revenir sur ce qui le fait courir, surtout pendant un confinement…

Dans cette dernière citation, on peut s’interroger. Le comité invisible avait-il imaginé les désastres d’un confinement général à l’œuvre avant l’autre, le petit confinement planétaire ?


Le comité invisible, À nos amis, La fabrique éditions 2014 (réédité en 2018).


par Lionel Leroi-Cagniart, Pratiques N°90, juillet 2020

Documents joints

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