Présenté par Martine Devries
Médecin généraliste
Ce livre m’a beaucoup plu, je le trouve réconfortant, stimulant et plein d’humour. L’auteur est un historien américain connu, qui a travaillé surtout sur les régimes totalitaires du XXe siècle. Il a été très malade, a tenu un journal pendant sa maladie, et a écrit ce livre pendant sa convalescence, après avoir échappé à la mort et à l’épidémie de coronavirus. « Notre maladie », ce n’est pas la sienne propre, mais la perversion du système de santé américain, dominé par les assurances privées, les groupes hospitaliers régionaux privés, et d’autres… « La médecine actuelle, aux États-Unis, a pour but de tirer le maximum de profits de corps malades et de vies abrégées ». C’est à la fois intime : il nous explique sa maladie, dans le détail, et les émotions qui l’ont traversé : « rage et empathie » pendant le temps de la maladie et de l’effroi, et de ses errances dans les institutions médicales, d’abord en Europe, puis aux États-Unis, une fois rentré chez lui. C’est en même temps un essai où il analyse les déformations et les aberrations du système de soins et aussi ses erreurs de fonctionnement à lui. Tout ça sans être le moins du monde pontifiant ou dogmatique, restant dans la naïveté (voulue) de la personne qui ne connaît pas le système et qui tient à ses valeurs. Auxquelles j’adhère ! C’est fait avec un air de ne pas y toucher que je qualifie d’humour. Ça lui permet d’aborder des thèmes très variés : le côté économique des soins, l’épidémie d’addiction aux opioïdes aux États-Unis, l’addiction aux écrans, la relation soignant-soigné, les inégalités sociales de santé. On pourrait croire qu’il s’agit uniquement du système de soins et de santé publique américains et que, nous, en France, nous ne sommes pas concernés. Mais les lectures de Pratiques, mon expérience personnelle d’ancien médecin généraliste et ma position actuelle de consommatrice de soins me font dire que, ce qu’il dénonce, on peut en voir dès à présent, ici, les signes annonciateurs, il me semble qu’on y va direct ! Les propositions du dernier chapitre pour remédier à « notre maladie » sont limitées, mais affirment l’importance de plus de transparence, plus de solidarité, plus de justice. « Pour rester en bonne santé, nous avons besoin les uns des autres. »
* Timothy Snyder, Notre maladie - Leçons de liberté depuis un lit d’hôpital américain, Éditions Les belles lettres.