Réfléchissons un peu !

Y a-t-il des « provaccins » et des « antivaccins » ?

Chaque fois qu’un enfant vient au monde, ses parents souhaitent qu’il ne soit pas trop souvent malade. Ils savent qu’il existe des maladies infectieuses et des vaccins, et ils souhaitent que leur enfant soit vacciné. Certains le souhaitent fortement et s’inquiètent si le médecin ne leur en parle pas assez vite, d’autres le souhaitent, mais ont quelques petites appréhensions : est-ce que ça ne fait pas trop mal ? Est-ce que ça peut donner de la fièvre ? Est-ce qu’on ne pourrait pas attendre un peu ? …D’autres appréhendent un peu plus, ils ont lu que ça peut, peut-être, donner tel ou tel trouble, mais ne se rappellent pas toujours où ils l’ont lu et ce qu’ils ont lu… D’autres se souviennent plus précisément et posent des questions sur l’aluminium et le mercure présents dans les vaccins. Il y a enfin ceux qui refusent vraiment tout vaccin, en fait très peu de gens.
Si on appelle « antivaccins » ceux qui refusent tout vaccin, ceux-ci représentent une toute petite minorité (de l’ordre de 1 à 2 % de la population et probablement moins).
En revanche, si on appelle « antivaccin » toute personne qui n’adhère pas totalement sans se poser de question à l’idéologie vaccinaliste, et si on appelle « antivaccins » ceux qui ont le souvenir que le vaccin anti-hépatite B a été promu par une campagne publicitaire indécente, les « antivaccins » ainsi définis deviennent très nombreux.

Qu’est-ce que l’idéologie vaccinaliste ?

Il y a des gens qui pensent que tous les vaccins sont très efficaces et sans danger, et que toutes les maladies infectieuses peuvent et doivent être éradiquées par la vaccination de tous le plus tôt possible1. Ces gens sont tellement persuadés de l’excellence de tous les vaccins, cela leur semble une telle évidence que toute question ne peut être le fait que d’un ignorant ou d’un fou ou d’une victime d’une secte maligne.

Les positions extrêmes sont plus faciles à vivre et plus rassurantes2
Lorsqu’un médecin vaccine un enfant, il lui est plus agréable de dire et il est plus agréable pour les parents d’entendre : « Ce vaccin est une excellente chose sans aucun inconvénient d’aucune sorte ». En d’autres termes, le discours vaccinaliste présentant tous les vaccins comme ayant des avantages considérables et indiscutables et considérant les risques comme une invention d’esprits malades, ce discours est le plus facile à vivre par tous lorsque l’on vaccine ou qu’on est vacciné.

Approche vaccinale exclusive et approche plus globale

Les collégiens apprennent que, pour lutter contre la tuberculose, il y a le BCG et que, pour lutter contre l’hépatite B, il y a un vaccin. On leur a appris que Jenner et Pasteur sont de grands hommes et ils pensent que la variole a été éradiquée parce qu’on a vacciné tout le monde.
Lorsque le collégien devient ministre de la Santé, ou journaliste, ou directeur d’une prison, il pense toujours que les vaccins c’est bien et ne sait à peu près rien des effets de l’alimentation et du sommeil sur l’immunité, et plus généralement il sait peu de chose sur la relation entre environnement et maladies infectieuses.
Lorsqu’il apprend que dans la prison, il y a beaucoup d’hépatites B et de tuberculose, le directeur pense au BCG et au vaccin anti hépatite B, il organise la vaccination et observe une amélioration de la situation.
Imaginons une autre approche : on diminue l’entassement, on augmente la durée des promenades et des activités physiques, on parle aux personnes incarcérées, on développe la bibliothèque, on améliore la nourriture… Il y a fort à parier qu’il y aurait moins d’usage de drogue, moins de rapports sexuels non protégés, mais aussi moins de récidives. Il y aurait moins de tuberculose et d’hépatite B, mais il y aurait moins d’autres maladies infectieuses, notamment vénériennes, il y aurait moins de suicides et moins d’agressions du personnel.
Il va de soi que les deux modes d’approche ne s’excluent pas, mais dans les faits, le triomphalisme vaccinaliste tend à marginaliser tout autre mode d’approche.

Vacciner pour lutter contre une maladie infectieuse ou vacciner pour respecter le calendrier vaccinal et les recommandations

Lorsque le vaccin contre la rubéole a été commercialisé, les médecins et les parents se sont posé des questions : faut-il ne vacciner que les filles à 13 ans ? Faut-il vacciner les garçons et faut-il le faire à un an ?
De même quand le vaccin contre les oreillons a été commercialisé, on se posait des questions.
Dans les années soixante-dix, les vaccins avaient un nom reconnaissable, le vaccin contre la rubéole s’appelait Rudivax® et celui contre les oreillons était l’Imovax Oreillons®. Chaque vaccin pouvait être administré séparément
Aujourd’hui, les vaccins rubéole et oreillons ne peuvent pas être dissociés et sont présentés en même temps que le vaccin contre la rougeole sous un nom qui n’évoque ni la rougeole ni la rubéole ni les oreillons (le Priorix®)
Les vaccins séparés et nommés de telle façon qu’on sache de quoi il s’agit (années soixante-dix) me semblent être le signe d’une époque où la discussion était possible ; discussion qui n’était pas toujours facile ni très approfondie, mais discussion tout de même.
Les vaccins associés et mal nommés me semblent ne pas permettre la discussion ni le choix informé. Le vaccin est à prendre ou à laisser dans sa totalité (totalitarisme ?) ; Tous fondus sous un même nom (confondus ?) de Priorix®
Les associations vaccinales dans les années soixante-dix comportaient quatre valences toutes nommées et toutes reconnaissables (DTCoqPolio), actuellement il y en a six qui ne sont pas nommées.
Le nom d’Infanrix hexa® vient dire qu’on protège un enfant contre six maladies sans dire lesquelles. Il est difficile d’être pour ou contre, sauf si on croit comme les vaccinalistes que six c’est mieux que quatre !

Aspects complémentaires des idéologies pro et anti-vaccinalistes

Les anti-vaccinalistes réels sont très peu nombreux et très faibles. Ce qui ne les empêche pas d’exister et de s’exprimer. Ce qu’ils disent et écrivent n’est pas toujours très informé ni très sérieux
On peut parfois même, si on est modéré et tolérant, penser qu’ils poussent un peu loin le bouchon de la bêtise et des simplifications.
Mais leurs propos excessifs sont du pain béni pour les idéologues idolâtres des vaccinations. Ceux-ci peuvent être sincèrement scandalisés et être furieux, mais ils peuvent aussi surjouer leur colère. Ils peuvent avoir découvert que la nullité de leurs ennemis leur permet d’une part de ne jamais répondre aux questions sur les vaccins, « ce sont des armes des antivaccins qui ne sont pas sérieux », et d’autre part de dire n’importe quoi sans preuves, sans référence à autre chose qu’à leur exaspération surjouée.

(1) « Idéologie vaccinaliste : signes causes et traitement », Pratiques N° 46 décembre 1996
(2) http://pediablogdlh.blogspot.fr/2012/11/convictions-vaccinales.html

par Jean-Pierre Lellouche, Pratiques N°71, octobre 2015


L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt avec les entreprise fabriquant ou commercialisant des produits de santé.

Documents joints

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