C’est vous qui voyez, Docteur…

Présenté par Jean-Pierre Lellouche
Pédiatre

        1. C’est vous qui voyez, Docteur…,
        2. Jean-Marc Geidel, Publibook, 2016.

La quatrième de couverture nous apprend que l’auteur a écrit un roman sur Schubert Le voyage inachevé.

Son livre plein de références musicales est un voyage à travers la médecine, un voyage inachevé que l’on aurait envie de prolonger. Un voyage qui continue une fois la lecture achevée.

Ce livre m’a beaucoup plu, amusé, intéressé et fait réfléchir Mais avant de dire pourquoi, je voudrais dire ma seule réserve.

L’auteur nous parle de tout ou d’à peu près tout ce qui est en relation avec la médecine et la santé. Il évoque l’homéopathie, l’acupuncture, les remboursements par la Sécu, le tiers payant, la relation des médecins avec les labos, les congrès et mille autres choses. À ces innombrables thèmes évoqués, il ne peut consacrer que trois lignes. Ce qu’il dit en trois lignes sur l’effet placebo est fort et stimulant, ce qu’il dit en trois lignes des vaccinations est superficiel et n’apporte rien. Ce ne sont que trois lignes, mais trois lignes de trop !

Le livre est fait de chapitres brefs aux titres intrigants, avec de belles citations en exergue.
Le chapitre 3 par exemple a pour titre « La musique chante à côté « avec en exergue une citation de Serge Gainsbourg « Docteur Jekyll un jour a compris que c’était Mister Hyde qu’on aimait en lui » et cette phrase qu’il me plaît de méditer : « Le corps ne parle pas, mais il chante. La musique ne parle pas, elle enchante ».

Quelques moments forts (et même souvent très forts) de ce livre.

Page 121, il met en scène un patient qui éprouve une sensation pénible et qui essaye de la décrire au médecin sans y parvenir. Ne lui viennent que des mots imprécis « des mots flous qui ne creusaient aucun sillon, qui ne menaient à aucun diagnostic ».

Page 97 à 103, une femme veut des antibiotiques Elle n’a pas envie de décrire ses symptômes, elle n’a surtout pas envie de se déshabiller. Elle ne comprend pas lorsque le médecin lui demande de façon claire, précise, répétée et argumentée de se déshabiller.

Et ce chapitre drôle poignant et dans lequel on apprend beaucoup sur la honte et sur les dégâts des drogues se termine par cette phrase : « Vous voyez ce que cela fait quand ces mots tombent sur nous, pourquoi on joue les imbéciles. Pourquoi on fait semblant de ne pas comprendre ces mots en apparence si simples : déshabillez-vous ».

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, les étudiants en médecine à la fin de leurs études connaissaient des maladies et les signes permettant de reconnaître ces maladies. On leur parlait très peu des malades qui n’étaient que des porteurs de maladies.

Ce livre donne à voir des malades, mais aussi des médecins. Mieux que donner à voir, il nous fait vivre avec eux. Il nous fait découvrir qu’ils sont comme nous : complexes passionnés désirants. Mais aussi affreux, sales et méchants.


par Jean-Pierre Lellouche, Pratiques N°73, avril 2016

Lire aussi

N°73 - avril 2016

Le talon de fer

par Sylvie Cognard
Sylvie Cognard Médecin généraliste À l’heure du démantèlement de tous les services publics. 
À l’heure du dépeçage en règle : – du Code du travail, – de la médecine du travail, avec son corollaire …
N°73 - avril 2016

Soyez insoumis à l’Ordre

par Marie Kayser
Le manifeste du Mouvement d’Insoumission Ordinal Partiel, MIOP, vient d’être lancé.
N°73 - avril 2016

Sans vouloir vous contredire

par Evelyne Malaterre
Sans vouloir vous contredire, je tiens à mentionner que tout ceci est strictement foljectif. Mais chaque fois que je la croise dans la rue, que je la guette derrière ma fenêtre, je sens bien, …
N°73 - avril 2016

Sans vouloir vous contredire

par Leïla
Leila des Zèbres toulousains Sans vouloir vous contredire, je tiens à mentionner que tout ceci est strictement foljectif. Docteur, vous êtes en train de me dire que la taille ne compte pas ? …