DOSSIER

Soigner suppose la prise en compte par le soignant et les diverses institutions de soin d’une multitude d’aspects subjectifs et objectifs énoncés par celui qui se sent « malade ». Ces éléments constituent le matériau à partir duquel, après l’avoir interprété, le soignant va tenter d’aider le patient à retrouver un équilibre, à se soigner.

Or, la maladie est d’abord une expérience hautement subjective pour la personne soignée, mais aussi pour celle qui soigne à qui l’on demande de s’oublier. Les symptômes exprimés, aussi observables qu’ils soient, sont instables et toujours colorés de la personnalité, de l’expérience, de la culture et de l’imaginaire du patient. Les savoirs appris, théoriques, techniques, scientifiques sur lesquels s’appuie le soignant s’avèrent le plus souvent insuffisants pour faire face à la complexité de la maladie ou du trouble de la santé tels que l’exprime la personne. La rationalité à laquelle tente de se référer le soignant ne recueille pas toujours l’adhésion du patient qui ne se reconnaît pas dans le découpage de son corps en organes dysfonctionnants, voire dans les nouvelles représentations de sa santé que lui propose la médecine pour traiter sa « pathologie ».

L’enseignement de la médecine induit une posture de soignant face à la maladie davantage tournée vers ses aspects objectivables, reproductibles, voire scientifiques, certes indispensables à une médecine évolutive, mais accordant peu d‘importance à l’écoute de la complexité du malade.
Comment les soignants affrontent-ils la réalité du terrain, la parole des patients auxquels ils sont confrontés avec les savoirs partiels qu’on leur a enseignés ?

Comment prennent-ils en compte le contexte social, professionnel, environnemental, sociétal, politique dans lequel apparaît la maladie ?

Comment les patients réagissent-ils face à une médecine qui ne répond pas tou- jours à leur attente ni à leurs propres savoirs et expérience, qui réduit souvent leur mal-être au traitement de leurs symptômes ?

Les institutions tendent à négliger, voire discréditer les informations apportées par les patients et la prise en compte de leurs propres savoirs pour ne retenir que les actes de soin qui se comptent et donc, rapportent. Comment faire reconnaître la valeur non monnayable de cette part subjective incontournable ?

À partir du rapport subjectivité/objectivité, les auteurs partagent leur expérience de la mise en œuvre des différents aspects du savoir nécessaires pour soigner, pour chercher, pour inventer…


Pratiques N°73, avril 2016

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