Texte d’accueil de l’hôpital social de solidarité de Thessalonique

        1. Texte d’accueil de l’hôpital social de solidarité de Thessalonique  [1]

« Étranger, ici, c’est un lieu qui t’appartient. Tu es réfugié, sans papiers, tu n’as pas de sécurité sociale, ici, il y a de la place pour toi. Dans ce lieu, si tu as un problème médical, tu peux consulter un médecin et trouver aussi les médicaments dont tu as besoin, gratuitement. Dans ce lieu, nous tous, nous « travaillons » pour t’offrir ce que nous avons étudié ou bien ce que nous savons faire, sans être payés.

Car, ici, personne n’est payé. Ici, quand tu vois un médecin, tu peux lui poser plusieurs fois les questions que tu veux, tu peux lui parler, sans gêne ou obligation, de ce qui te préoccupe. Tu seras traité comme un être humain qui a ses propres valeurs et pas comme un produit. Car, ici, nous tous, nous savons que tu es un être humain ayant des droits, comme nous tous. Nous-mêmes, nous avons aussi des problèmes. Mais c’est pour cela que nous avons décidé de nous réunir ici : pour que chacun offre à l’autre son savoir-faire, son travail, sa pensée.

Au début, nous étions dix. À l’époque, nous luttions pour les droits des réfugiés détenus et sans papiers, qui étaient en grève de la faim parce qu’ils défendaient leurs droits. Après, nous avons été plus nombreux. Nous sommes ici parce que nous souffrons du système et des mesures d’austérité qui nous conduisent au désespoir et à la mort. Nous sommes ici pour rester vivants, pour revendiquer le droit aux soins médicaux gratuits pour tous, sans aucune exception. Nous sommes ici pour sauver notre dignité. Nous arrivons à exister sans recevoir d’argent ni des partis politiques, ni de l’Union européenne, ni des entreprises, ni de l’Église. Nous savons bien que tous ces gens-là créent et perpétuent la pauvreté, les inégalités et l’exploitation. Nous ne voulons ni leur philanthropie, ni leur hypocrisie. Plein de gens anonymes nous soutiennent et, si nous continuons, ce n’est que grâce à eux. L’Hôpital social de solidarité de Thessalonique est à nous, à tous ces gens qui nous soutiennent, et à toi.

Si tu veux, tu peux faire partie d’une équipe parmi celles qui sont déjà mises en place : pour bricoler, pour amener une idée, participer à des travaux, distribuer des tracts, venir aux interventions dans les hôpitaux publics, coller une affiche dans ton quartier ou bien, si tu veux, ne rien faire. Tu peux aussi venir à la réunion générale de l’hôpital qui a lieu deux fois par mois, afin de parler, d’entendre, de nous voir et pour qu’on te voie.

Pourquoi faisons-nous tout cela ? Parce que nous ne pouvons plus vivre autrement, nous ne pouvons pas regarder que nous-mêmes. Parce que nous croyons à une autre société. Une société où les gens seraient égaux, où la santé serait un bien protégé.

Nous ne sommes pas ici parce que nous avons « bon cœur », ou parce que nous possédons ou savons quelque chose de plus que toi. Nous sommes ici pour survivre, pour que l’un aide l’autre, pour lutter. Nous sommes ici parce que nous luttons contre le racisme, les inégalités, le fascisme. Nous sommes ici pour respirer de l’air frais. Nous sommes ici pour défendre la vie contre la mort. Pour défendre l’« être-ensemble ». Et nous avons besoin de toi, comme toi, tu as besoin de nous. »


Pratiques N°82, juillet 2018


[1Ce texte actuellement affiché à l’entrée du dispensaire de Thessalonique est cité dans le livre de Constantin Alexandrakis : Deux fois né, Ed. Verticales, octobre 2017.

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