Pour la proximité sanitaire

Extraits d’un article de Paul Cesbron, membre de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, http://www.coordination-nationale.org/

Un véritable maillage territorial est le point d’appui essentiel pour toute politique de santé se donnant pour finalité la prévention et l’accès de tous à des soins de qualité.

Toute la culture « égalitaire » de la République impliquait jusque-là comme traitement une répartition très étalée de notre service public sur le territoire national. Pas de commune sans école communale ! L’exigence d’un hôpital dans tout chef-lieu de canton était très largement perçue comme une revendication légitime.
Révolution scientifique et technique, accroissement et bouleversement structurel de la démographie, décélération de la croissance économique, quelles qu’en soient les causes par ailleurs, remettraient-elles en cause justice et égalité des droits ?
Alors quelle alternative possible ?

Proximité et démocratie sanitaire
Pas de santé sans une bonne implication sociale, un métier, un emploi, un bon salaire, une alimentation de qualité, un ressourcement culturel permanent. Pratique sportive non compétitive, hygiène de vie, information sanitaire de tous ordres, tout cela relève de la politique générale du pays, mais s’applique, se vit, s’enrichit, s’adapte dans ses implications concrètes au niveau de la cité, des collectivités territoriales.
Élus locaux et soignants, c’est leur fonction, associations citoyennes défendant et promouvant les services publics, associations de patients, syndicats représentants les travailleurs de la santé… en un mot, tous les acteurs de la vie sociale de la commune, de l’agglomération et au-delà, doivent très précisément participer à la définition des objectifs de santé, à la mise en œuvre des décisions et à l’évaluation des moyens engagés.
La proximité, c’est d’abord la source et la qualité du lien social. Son appauvrissement souligné par tous, déshumanise nos cités et génère l’isolement, la désespérance individuelle et collective, l’incivisme de toute nature, l’intolérance, la haine de l’autre, la xénophobie, la violence.
Fermer une maternité, lieu fondateur d’humanité par excellence, c’est briser l’une des sources les plus fortes de liens humains.
Fermer un hôpital de proximité, quelles que soient les allégations, est attentatoire à la vie de la cité, à la vie de chacun de ses membres par appauvrissement sanitaire (déserts médicaux), culturel et social.

Proximité et qualité des soins
Ces dernières décennies, les difficultés économiques ont été mises en avant pour justifier la fermeture de lits hospitaliers, puis de services et enfin d’hôpitaux eux-mêmes.
À l’argument du tarissement des ressources de l’État, crise oblige, de l’élévation accélérée des dépenses de santé, plus rapides que la croissance du produit intérieur brut, est venue s’ajouter celui d’insécurité sanitaire de certains services, de certains hôpitaux. Le comble, c’est qu’en réduisant les moyens d’une unité sanitaire, sa fragilisation la rend inévitablement inapte à assurer sa fonction, l’amène à terme à la fermeture, chaque soignant ou administrateur percevant la dangerosité de telles situations. La lutte apparaît alors sans effets.

Beaucoup de personnalités politiques et administratives se sont prêtées à cette campagne de désinformation Ce mauvais procès n’a jamais pu être honnêtement étayé. Les enquêtes menées par l’Association des petites villes de France, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et les travaux de Jean-Marie Clément, ancien directeur d’hôpital et ancien Inspecteur Général de la Santé, ont montré que les hôpitaux de proximité ont une morbidité et une mortalité liées à l’iatrogénie inférieures à celles des grandes unités. Mieux, ces études illustrent clairement le fait que ces hôpitaux ont le plus souvent bien assuré le transfert des malades présentant une pathologie relevant de soins spécialisés vers les services de référence départementaux ou régionaux.
Agence Régionale de Santé et tutelles diverses insistent aujourd’hui beaucoup pour obtenir la formalisation de filières de soins. Or il se trouve que sans contraintes administratives, cela s’est fait souvent avant ces recommandations. Cependant beaucoup d’unités de proximité ont aujourd’hui les plus grandes réticences, en raison des menaces ouvertement brandies contre elles, à accepter ce qu’elles considèrent comme un jeu de dupes. La complémentarité ou autres réseaux de soins n’étant souvent à leurs yeux, et non sans raison, que stratagèmes de phagocytose dissimulés sous des accords en trompe l’œil de fusion.
Aux exigences technocratiques dont sont principalement porteuses les Agences Régionales de Santé, opposons l’efficacité sanitaire et sociale de la proximité. Ni la grande majorité des naissances, ni la plupart des urgences médicales, pathologies aiguës ou chroniques ne relèvent de la prise en charge de Centres Hospitaliers Régionaux et Universitaires, qui souffrent par ailleurs d’un encombrement nuisible à la qualité des soins.
C’est principalement de réseaux dont nous avons besoin pour une meilleure prise en charge des personnes ; il faut structurer, formaliser nos liens à tous niveaux de l’aide-soignante ou du rééducateur à domicile, en passant par l’omnipraticien et l’unité hospitalière de proximité, jusqu’aux services universitaires destinés à la recherche clinique, à l’élaboration de protocoles et à la prise en charge totale ou partielle de pathologies complexes ou rares.

Propositions pour une proximité sanitaire effective
Il nous faut tout d’abord définir les limites géographiques et démographiques d’un bassin de vie.
Proposons et analysons le bien-fondé d’une population équivalent entre 50 000 à 150 000 habitants (environ 1 000 en France) et d’une distance équivalente à 30 minutes maximum de déplacement pour se rendre à la maternité et aux urgences les plus proches, compte tenu des difficultés routières et aériennes de toutes natures (urbaines, rurales et climatiques).
Un tel maillage territorial nécessiterait par bassin de vie :
– de 200 à 500 médecins (environ 300 000 pour la France) toutes spécialités et tous modes d’exercice compris (la médecine générale en occupant environ les deux-tiers), salariés de Centres de Santé, de l’Hôpital et des services de prévention, ou libéraux, selon leur choix, regroupés ou non en Maisons de Santé.
– un hôpital maternité-chirurgie-obstétrique (MCO). La maternité de niveau 1 étant dirigée par les sages-femmes elles-mêmes, le ou les services de médecine comportant les principales spécialités dont l’ophtalmologie, la chirurgie – pratiquant à la fois la chirurgie viscérale, gynécologique et osseuse et participant à l’activité obstétricale chirurgicale – l’anesthésie, la radiologie et les examens biologiques courants.
Un tel maillage territorial est le point d’appui essentiel pour toute politique de santé se donnant pour finalité la prévention et l’accès de tous à de soins de qualité.

par Paul Cesbron, Pratiques N°70, juillet 2015

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