Asimo

Sylvie Cognard, médecin généraliste enseignante

Peut-on remplacer les métiers du soin par des robots ? Entre peur, rêve et réalité, essayons d’y voir plus clair…

Asimo le robot humanoïde le plus évolué au monde a été l’invité du congrès « L’an 1 de la robonumérique » en Picardie, en novembre 2014. Né après dix-huit ans de gestation dans une usine japonaise, pour l’instant Asimo ne sert à rien, si ce n’est d’être une vitrine technologique de ce que pourrait être un robot véritablement à l’image de l’homme. L’objectif prévu pour 2020 est d’en faire un robot d’assistance qui pourra un jour aider à domicile une personne âgée ou porter secours à un humain. Belle entreprise ? Si ce n’est que ce congrès avait pour ambition par cette révolution robonumérique de mettre les entreprises à leur meilleur niveau de compétitivité et de leur faire gagner des parts de marchés.

Les militaires avec leurs drones qui tuent chaque semaine des humains nous font entrevoir que l’omniprésence des robots serait capable du pire comme du meilleur.
Les hommes ont rêvé de ces robots pour les remplacer dans les tâches pénibles, ingrates ou répétitives. Or aujourd’hui, ce sont même les emplois les plus qualifiés qui sont menacés. Les robots peuvent trimer 24 heures sur 24, dimanche et jours fériés compris.

Certains économistes prévoient un rétrécissement de la classe moyenne et une explosion du nombre de chômeurs. Le travail deviendrait une ressource rare, comme l’eau et les énergies fossiles.

Entre émerveillement devant la technologie, censée libérer les hommes du travail répétitif et inintéressant, et atterrement devant la perte de sens de nos métiers, quels emplois faut-il espérer sauver ? Les politiques ont voulu faire apparaître comme une manne le développement des métiers de service à la personne quand ces emplois sont mal rémunérés, souvent à temps partiel et plus qu’instables.
Certains ont osé faire la balance entre le nombre d’emplois créés par la fabrication de ces robots et ceux qu’ils feront perdre dans le secteur des services, voire même dans le monde médical. La comptabilité est claire : environ trois millions d’emplois seront détruits en France d’ici à 2025 du fait de la robotisation quand seulement 500 000 seront créés par les nouvelles technologies. On pourrait se dire, moins de travail, plus de temps libre… Mais qui va profiter des gains de productivité ? Sans partage de ces gains, les inégalités qui ne cessent de progresser vont exploser

Quand la valeur travail est menacée par la destruction de son code, le dépècement de la médecine du travail, le chômage, la précarisation des retraités : qui va pouvoir se payer des robots ? Faut-il défendre des emplois précaires et sous-payés pour résorber le chômage, ou bien faut-il défendre la recherche et les chercheurs en robotique ?

Quelques médecins hurlent devant la possibilité de déléguer certaines de leurs tâches à des infirmières, des sages-femmes…
Le management qui préside aujourd’hui à la pratique du soin est uniquement centré sur le rendement et la compétition, les tâches administratives ne cessent de croître, l’essence humaine de nos métiers n’est pas reconnue ni prise en compte.
Dans les laboratoires de l’intelligence artificielle en France comme ailleurs, les chercheurs travaillent dur. L’exercice implique de ne plus concevoir l’intelligence comme l’apanage de l’espèce humaine. Des laboratoires travaillent à la compréhension fine ou à la simulation très réaliste de nos mécanismes cognitifs. D’autres chercheurs explorent déjà les droits et les devoirs des robots !
L’intelligence artificielle pourrait-elle prendre le pouvoir et décider de se débarrasser de l’humanité comme dans les films Terminator ? La fiction va-t-elle dépasser la réalité dans les dix années à venir ?
Alors, faut-il avoir peur des robots ? Ou bien faut-il avoir peur de l’essor effréné de la politique mondialisée et ultralibérale centrée sur l’accumulation illimitée des richesses par quelques-uns ? Le grand marché transatlantique nous préparerait des lendemains qui chantent…
Il est peut-être grand temps de penser au partage des « biens communs », objets d’une gestion collective en opposition avec l’appropriation privée… Et pourquoi pas à la création d’un revenu universel destiné à satisfaire les besoins élémentaires de chacun… Et que les robots travaillent à notre place pour les tâches pénibles et sans intérêt !

par Sylvie Cognard, Pratiques N°69, mai 2015

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