Et une fenêtre s’ouvrit ...

Delphine Glachant, psychiatre au centre hospitalier Les Murets (94)

La crise sanitaire est arrivée, presque par surprise.
Très vite, en unité d’hospitalisation, à l’hôpital Les Murets, en grande banlieue parisienne, quelque chose s’est passé. Un ressaisissement, l‘apparition d’un contour qui allait nous permettre d’habiter ce lieu en travaillant sur la quotidienneté, la possibilité paradoxale de faire de l’ouvert alors que tout se fermait, structures, pavillons, chambres. Vingt-cinq personnes en soins et une équipe de professionnels allaient vivre une aventure commune face à l’adversité.
Sidérés par ce qui arrivait, soignés et soignants ont appris les contraintes du confinement énoncés chaque jour par la cellule de crise : confinement en chambre pendant quatorze jours pour les entrants, interdiction de sorties des patients dans le parc sauf accompagnées d’un soignant, interdiction des permissions, des visites, des tours en ville pour acheter des clopes… Les structures d’accueil extrahospitalières étaient fermées (CATTP, hôpital de jour). Fort heureusement, en ambulatoire, les consultations et visites à domicile indispensables ont continué. Le club thérapeutique a rapidement ouvert aussi une ligne téléphonique permanente et un groupe whattsApp soignés/soignants afin de garder contact. Mais les possibilités d’allers-retours avec l’extérieur étaient suspendues. La circulation d’un lieu à l’autre, si importante dans le processus thérapeutique, n’était plus possible.
Situation inédite et étrange. Une guerre sans armée et sans arme était déclarée, contre un virus invisible. En toile de fond, la mort était là et il n’était pas question de nous laisser mourir, ni de la Covid, ni de l’enfermement.
Cette expérience inédite, six membres du personnel engagés dans les soins psychiques, de statuts différents, vont vous la raconter. Elle s’appuie sur ce qui fait notre culture de service depuis des années, la psychothérapie institutionnelle, et sur la place laissée à l’art. À la façon d’une constellation, chacun son style, chacun son analyse, chacun ses émotions.

par Delphine Glachant, Pratiques N°91, novembre 2020

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