Un stage, oui, mais pas dans n’importe quelles conditions !

Témoignage d’une interne (Véronique) de 9e année de médecine en SASPAS [1]

Avertissement : témoignage sous couvert d’anonymat pour les protagonistes. Le prénom de l’interne a été volontairement changé.

Acte 1

Mes premières impressions concernant mes nouveaux maîtres de stages se confirment...

Le mardi, je suis chez le Dr A. : son cabinet est en fait un appartement dans un immeuble. La salle d’attente est glaciale : les patients sont gelés quand ils arrivent dans le cabinet et celui-ci est assez « épuré » : il n’y a pas de lavabo ni de solution hydro-alcoolique... M. A. est plutôt sympa, mais a des pratiques un peu « étonnantes ». Pour exemple : un enfant de 9 mois vient pour toux, rhinorrhée et fièvre à 39°8 : examen normal, fièvre bien tolérée, pas de point d’appel à l’examen, mais je n’ai pas réussi à voir correctement les tympans. Je lui demande le numéro de la pédiatrie pour avoir un avis. Il est 19h30, c’est un enfant de moins de 2 ans, fébrile à presque 40°C, mais qui tolère bien son état. Je ne me sens pas à l’aise et je ne vois pas ses tympans ! Comme le Dr A. est revenu pour le débriefing, il me propose de venir voir le nourrisson. Il diagnostique une poussée dentaire et la traite par... Orelox® pendant 5 jours ! Car sinon, m’a-t-il dit, on est sûr de le voir revenir, cet enfant...

Le jeudi, je suis chez le Dr B. : il est resté consulter avec moi ce premier jeudi, ce que j’ai trouvé initialement plutôt bien. A midi, j’avais envie de pleurer, il avait passé la matinée à me critiquer : je n’interroge pas assez les patients, je pose des questions fermées, il n’aime pas ma façon de raccompagner les patients, prendre le pouls ne sert à rien et perd du temps, les brassards pour obèses, ça met beaucoup trop de temps à gonfler et ça ne sert à rien, je prends trop de temps, et surtout il faut que j’oublie tout ce que j’ai appris jusque-là. Parce qu’on n’est plus à l’hôpital, on est en ville ! Il faut que j’oublie que les médicaments ont des effets indésirables, car avant tout ils sont bénéfiques ! Il faut que j’oublie les examens complémentaires. Un enfant de 4 ans vient pour une rhinopharyngite évoluant depuis 10 jours, avec l’apparition d’une fièvre à 38°5 depuis moins de 24 heures. L’examen est normal. Je propose de faire une radio pour éliminer une pneumopathie. Et, non ! C’est une bronchite qu’il faut mettre sous Zinnat® pendant 8 jours... Il n’y a pas de TDR [2]. dans son cabinet, car ce n’est pas fiable selon lui. Et les recommandations, ce ne sont que des conneries, c’est pour ceux qui ne connaissent pas leur médecine, lui n’a pas besoin de ça. Ce mec est un vrai con. Je ne rejette pas tant sa pratique que son comportement à mon égard : il veut me changer, m’imposer ses idées, il n’y a pas de discussion. C’est vraiment triste.

Et heureusement, il y a le vendredi. Je suis chez M. C. Le cabinet est propre, bien chauffé, bien équipé. Sa maison est juste à côté, il est donc très facile à joindre. Bien que médecin de campagne, il fait des radios quand il suspecte des pneumopathies, des biologies devant des douleurs abdominales non expliquées par la clinique, des prélèvements mycologiques avant traitement des mycoses unguéales. Je trouve sa médecine intelligente et l’homme, très fin. Il critique mes actes, pas tout mon être, c’est constructif !
Je me demande bien ce que vous penserez de tout ça. M. A et M. B m’ont vraiment déstabilisée avec leurs pratiques, si différentes de celles que je connais. Cependant, j’ai toujours envie de faire de la médecine générale... mais pas à leur façon !.

Acte 2

Cette semaine le Dr B. m’a demandée de le remplacer ce samedi, ce que j’ai refusé. J’ai informé le Dr C., l’un des autres médecins du trinôme, de la demande du Dr B. et des soucis relationnels que j’ai avec lui. Ce n’est pas la première fois qu’un interne a des problèmes avec le Dr B.

Pour le moment, je pense continuer à bosser comme ça, en refusant ce qui ne me semble pas réglo et en avertissant le Dr C. en cas de problème.

Monsieur C. n’est pas d’accord avec les façons de faire de Mr B., il recadre bien les choses (j’ai à apprendre des maîtres de stage, mais je dois rester fidèle à mes idéaux), il est très pédagogue et aussi très à l’écoute. Au prochain cours, j’essaierai d’en parler également avec un responsable du Département de médecine générale (DMG).

Je suis tout de même contente de faire un deuxième stage de médecine générale et j’apprends beaucoup.

Acte 3

J’ai averti le DMG de la situation avec M. B., car elle ne s’améliore pas. Il me critique toujours autant (et devant les patients, toujours plus agréable), me déstabilise, met en cause mes compétences, déclarant mon niveau plutôt bas pour quelqu’un en 9e année ayant déjà fait son stage prat...

Le DMG a été très réactif. Il me propose dans un premier temps de demander au Dr B. de me laisser en autonomie. S’il refuse, on organisera une réunion de trinôme. Si c’est l’échec, nous serons convoqués tous les deux au DMG.

C’est un peu lourd comme ambiance de stage. Je ne sais pas si M. B. acceptera de faire évoluer son jugement à mon égard...

Je ne vois aucun problème à ce que vous publiez mon témoignage, sous couvert d’anonymat pour les protagonistes.

Bon week-end et encore merci pour votre soutien.

NB : à propos de remplacement en cours de stage de SASPAS, le DMG m’a dit que ça ne posait pas de problème si les relations avec le maître de stage sont bonnes. Après tout, pourquoi pas ?

Véronique

lundi 15 février 2010


[1Stage Autonome en Soins Primaires Ambulatoire Supervisé, le SASPAS été créé dans le cadre de la mise en place du DES (diplôme d’études spécialisées) de Médecine Générale

[2examen de routine permettant d’éliminer une origine bactérienne à une angine

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