SDF en survie : un médecin généraliste réagit en écho au témoignage de Philippe B.

Je trouve ce témoignage très sobre et plein d’humanité, résonnant avec ma pratique à Paris. La situation est dramatique cette année : j’ai quatre patients SDF, au moins, sans compter ceux qui ne le disent pas, hébergés pas les copains (ou copines). Je n’en n’ai jamais eu autant à la fois.

Hospitalisé en psychiatrie pour névrose post traumatique (agression sur son lieu de travail), il fera 18 Km à pieds pour rejoindre sa chambre d’hôtel. Les vêtements avaient été jetés, la chambre louée , celle-ci était payée au mois en espèces, mais personne ne s’était préoccupé de la payer pendant son absence. Lorsque j’avais appelé le CMP [1] pour voir si l’assistante sociale pouvait l’aider, la réponse fut » « il vient nous voir quand il a besoin de nous », alors que c’était en partie à cause d’eux qu’il était à la rue …

Quelque temps après je me rappelle du combat qu’il faudra mener pour ce « SDF » chez qui l’on suspectait une nécrose de hanche et un cancer ORL. J’ai écrit une lettre, demandant son admission dans un hôpital, mais il a été renvoyé sans examens. Nouvelle lettre pour un deuxième hôpital : il sera éconduit à la rue, avec des examens à réaliser en externe pour une nécrose de hanche. Le lendemain, j’appelle le SAMU Social, pour l’hébergement (deux heures au téléphone). Il y a possibilité de le garder à l’infirmerie, mais à la seule condition que l’hôpital faxe une demande. Le patient reviendra le lendemain au cabinet dès 8 h avec des points de suture, il était tombé du lit, trop étroit. Il sera remis à la rue, l’hôpital n’avait jamais faxé le dossier.

Il passera sur une chaise longue deux journées au cabinet pour éviter de marcher le temps de trouver une solution. J’appelle le chef du service des urgences : d’après le dossier, ce patient aurait dû être hospitalisé, elle note un mot dans le dossier pour une admission prioritaire. Je l’adresse à l’hôpital, cette fois accompagné d’amis, Malgré les consignes du chef de services des urgences, troisième refus d’hospitalisation. L’amie se fait passer pour une avocate, il est alors admis, la veille du grand froid de cet hiver-là. Il passera six mois à l’hôpital entre la nécrose de hanche et le cancer ORL.

Quand il aura ses 60 ans, pourtant prioritaire, malade et logé dans un hôtel sans coin cuisine, c’est avec les services sociaux qu’il aura fallu se battre, des médecins libéraux y font la pluie et le beau temps pour l’entrée de certains patients. Après intervention auprès du chef du cabinet du maire, il aura enfin accès à un hébergement décent… Aujourd’hui, il a une chambre dans une maison de retraite, avec un coin cuisine et une douche, mais il garde les séquelles de son retard de soins et de logement décent.

Et puis ces autres, parce qu’ils sont nouveaux SDF ou logent dans des hôtel meublés, qu’ils ont leurs crises d’angoisse majeures avec risque suicidaire, ou en phase dépressive d’une maladie bipolaire, qui s’entendent dire « Il ne demande pas une cure de sevrage à l’alcool, mais souhaite être logé,nourri, blanchi et pouvoir économiser de l’argent, dit-il…Le patient veut nous impressionner par le suicide de sa sœur et ses parents entre 1988 et 1989, par contre le patient n’a aucun antécédent de tentative de suicide, si ce n’est que s’alcooliser. Il exprime un chantage ». Et pourtant, ces patients n’ont pas menti, comment un psychiatre a-t-il osé écrire un tel courrier ?


jeudi 25 décembre 2008


[1CMP Centre Médico Psychiatrique


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