Plan de rigueur et dépenses de santé : franchises et dépassements d’honoraires pour le Français moyen, cliniques de luxe pour les banques. La crise expliquée en cinq actes.

Compte tenu de la confusion savamment entretenue par les « experts » autour du plan d’austérité qui se profile, Pratiques a décidé d’apporter sa modeste contribution à l’effort de pédagogie assumé jusqu’ici par les seuls pouvoirs publics avec une franchise et un courage qui ont forcé notre admiration.

Conscients de la nécessité d’éviter de rebuter un public peu familier du jargon des économistes _ C.D.S., C.D.O, titrisation, subprimes et autres hors bilan -, nous avons pris le parti d’appeler à la rescousse la forme d’expression la plus appropriée à la situation : le théâtre de Guignol.

« Les Affaires sont les Affaires »

Petite explication en cinq actes de la nature profonde de ce qui est communément appelé : « Plan d’austérité »

En hommage à Octave Mirbeau.

Personnages, par ordre d’entrée en scène :

-  La Banque
-  Les Marchés Financiers : Fonds de pension, spéculateurs
-  Le Citoyen
-  L’Etat
-  La Fille (du Citoyen)

I. Acte I (La Banque, Le Citoyen)

La bureau de La Banque. La Banque fume le cigare, les pieds sur son bureau. Entre Le Citoyen :

La Banque_ A ton service, mon cher Citoyen ?
Le Citoyen_ Peux-tu me prêter des sous, il me faut me loger !
La Banque_ Mais bien sûr, juste ici, une petite signature, pour me donner ton logement en nantissement. Naturellement, tu ne risques rien, le prix de ton logement va augmenter au fil des ans et, même si tu ne peux pas me rembourser, nous revendrons ton bien, en toute intelligence, toi et moi, et tu sortiras de l’opération plus riche qu’avant !

Le Citoyen sort, se frottant les mains.

II. Acte II (La Banque, Les Marchés Financiers)

Le bureau des Marchés Financiers. Les Marchés Financiers, à son tour, fumant le cigare, les pieds sur son bureau.

Entre La Banque

La Banque_ Salut, vieille branche. Je t’apporte une affaire en or : je te revends les 9/10 des prêts que j’ai consentis au Citoyen. Je les aurais bien tous gardés pour moi, mais je n’ai pas ton immense fortune.
Les Marchés Financiers_ Allons, pas de ça entre nous, mon cher La Banque, nous nous connaissons bien. Qu’est-ce qui m’assure que ton offre mirifique n’est pas pourrie, ?
La Banque_ Je t’offre une garantie sur ma propre vie !

Les deux hommes topent.

III. Acte III (La Banque, Les Marchés Financiers)

Le bureau de La Banque. Il est encombré d’une forêt de toitures, fenêtres et autres portes. La Banque est effondré sur sa table de travail.

La Banque_ Qui aurait pu prévoir que ces saisies ne rapporteraient que des clopinettes ?

Entre Les Marchés Financiers

Les Marchés Financiers_ Tu m’avais garanti ces prêts, faux frère, je vais te mettre en faillite !
La Banque_ Calme-toi, tu ne récupèreras rien comme ça, je suis déjà sur la paille. Je vais voir notre vieil ami, L’Etat, il va nous tirer tous deux de là.

IV. Acte IV (L’Etat, La Banque, Les Marchés Financiers)

Le bureau de L’Etat. L’Etat, très affairé, fait semblant de travailler.

Entre La Banque

La Banque_ Mon vieil Etat, sauve-moi la mise, rembourse moi les prêts pourris et substitue ta garantie à la mienne, sinon Les Marchés Financiers la fera jouer, je tomberai en faillite, et qui en souffrira in fine ? Ton protégé, Le Citoyen !
L’Etat_ Allons, ne pleure plus, tu me brises le cœur. Mais je n’ai plus de sous, je les ai déjà distribués aux familles méritantes des Marchés Financiers ?
La Banque_ Pas de souci, Les Marchés Financiers attend dans ton antichambre.

Entre Les Marchés Financiers

Les Marchés Financiers_ Mon cher Etat, pas de souci en effet, je vais te prêter, moyennant intérêts , naturellement, toutes les sommes nécessaires.
L’Etat (à part)_ C’est un comble : emprunter à ce pirate pour le dédommager de l’échec de ses propres spéculations !
(s’adressant à La Banque)_ Je vais faire ça pour toi, mais que je ne t’y reprenne plus !
La Banque (la main sur le cœur)_ Promis juré, croix de bois, croix de fer, celui qui ment ira en enfer !

Les trois hommes topent.

V. Acte V (L’Etat, Le Citoyen)

Le bureau de L’Etat. L’Etat, toujours très affairé à sa table.

Entre Le Citoyen

L’Etat_ Mon brave Citoyen, je sais que tu ne roules pas sur l’or, mais il va falloir serrer ta ceinture d’un cran de plus : je vais te piquer des sous pour sauver La Banque. En effet, je me suis endetté pour cela jusqu’au cou auprès des Marchés Financiers et il me faudra les rembourser. Mais si je n’avais pas sauvé La Banque, après ton logement, tu risquais de perdre bien davantage : ton propre emploi !
Le Citoyen_ Mais je suis à la rue ? Et de plus, ma Fille est malade, comment vais-je la soigner ?
L’Etat_ Euh, ça me revient : j’ai oublié d’ajouter qu’il ne faut plus compter sur moi pour couvrir les dépenses de santé de ta Fille : toujours pour sauver ton propre emploi, j’ai dû exonérer notre ami, Les Marchés Financiers, de sa part de cotisations…

Le Citoyen sort, accablé.

Tableau final.

Une carriole, tirée par Le Citoyen, épuisé. Cheminant à ses côtés, sa Fille crachant le sang. Dans la carriole : La Banque, Les Marchés Financiers et L’Etat sablent le Champagne…

dimanche 16 mai 2010, par Lucien Farhi

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