Le billet d’humeur : Rien n’est jamais acquis, par Didier Ménard

Au début des années quatre-vingt dix, l’augmentation importante d’usage d’héroïne par voie intraveineuse a provoqué une catastrophe sanitaire. Le nombre d’overdoses mortelles a augmenté et la contamination massive par les virus du Sida et des hépatites C et B a eu pour conséquence une épidémie de maladies infectieuses.

Aujourd’hui, nous continuons à faire face à cette épidémie. Comme souvent en situation de catastrophe, les solutions sont trouvées par ceux qui en première ligne font face à la maladie. Il faut, à partir de la réalité et des savoir-faire des soignants et des malades, trouver la riposte la plus efficace, de manière pragmatique, empirique, et ne pas craindre de sortir de l’orthodoxie habituelle. C’est ce qui a été fait, par une politique de prévention, le programme d’échange de seringues, et par la méthode de la substitution, c’est à dire la prescription d’un produit ayant une action proche de l’héroïne, mais qui ne provoque pas le manque. L’objectif était médical et social : cesser les injections vectrices du VIH et des hépatites, mais aussi tenter de sortir les toxicomanes de l’errance sociale.

Il a été très difficile de faire admettre l’efficience de cette approche thérapeutique. Des voix se sont élevées de partout pour dire que cela n’était pas la bonne méthode, que les soignants incitaient à l’usage de drogue en distribuant des seringues stériles et que les médecins qui prescrivaient de la substitution étaient des dealers en blouse blanche. Il a fallu courber l’échine devant toutes ces attaques, ces insultes proférées par ceux qui, en dehors de donner des leçons de morales, étaient peu compétents pour trouver des solutions.

Or, le succès de ces méthodes de prévention et de traitement est indéniable : diminution spectaculaire des overdoses et réduction importante des contaminations par le VIH Ces principes d’action, pour faire face à l’épidémie de maladies infectieuses et à l’usage de drogue, sont reconnus par la loi de 2004.

De plus, ces politiques de réduction des risques sont portées par des associations de toxicomanes : les associations d’auto-support, dont ASSUD est pionnière. La Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie a accompagné ces différentes politiques de santé publique. Leur soutien protégeait la personne, cherchant à « décrocher », des attaques de tous ceux qui fustigeaient cette dynamique médico-psycho-sociale de lutte contre la toxicomanie. Notre inquiétude est grande d’apprendre que les subventions pour ASSUD, qui organise les états généraux de la substitution, sont supprimées, et que le nouveau président de la MILDT remet en cause l’utilité de la substitution aux produits opiacés.

Le dogmatisme idéologique, qui refait régulièrement surface, pour combattre les innovations autorisant les véritables changements et le progrès est, en lui-même, aussi dangereux que l’épidémie des maladies infectieuses. On peut se demander quand, dans ce pays, les acteurs de terrain, en première ligne, que sont les soignants, obtiendront une reconnaissance leur permettant non seulement d’être écoutés, mais aussi d’être entendus. En attendant, nous devons être solidaires d’ASSUD et déterminés à défendre l’efficacité de ce que nous avons construit et utilisons depuis 15 ans : une politique de réduction des risques pour les usagers de drogues.

Didier Ménard

vendredi 30 novembre 2007

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