Pendant la trêve des confiseurs, la grève des « confuseurs »

Madame la ministre de la santé est fortiche, elle a réussi à faire l’unanimité contre son projet de ridicule petite loi de santé publique. Comme souvent quand il s’agit de mieux soigner les citoyens les préoccupations corporatistes s’expriment contre l’intérêt général. À vouloir ménager la chèvre et le chou, on nourrit surtout les égoïsmes et la contestation braillarde qui se veut massive et unitaire mais ne fait qu’alimenter les fantasmes et les hypocrisies.

Il n’y a rien dans cette loi qui permettrait enfin de construire un véritable système d’offre de santé à la hauteur des besoins de la population. Par contre, cette loi sert la soupe aux « purs » défenseurs de la médecine libérale qui, dans un concert de protestations, confondent consciemment, à propos du tiers payant, le fond et le forme. De toute façon, pour eux, l’in-accès aux soins n’est pas un problème éthique, ils s’horrifient de l’étatisation de la médecine libérale, mais signent avec l’Assurance maladie un contrat d’allégeance avec le paiement à la performance, ils ne veulent pas la tutelle administrative mais ils refusent l’organisation collective de l’offre de soins, seule manière d’être autonome… Bref, en dehors des cris d’orfraie et l’augmentation des dépassements d’honoraires, il n’y a pas de leur part le moindre projet constructif alternatif.

Face à eux, il y a les déçus, ceux qui pensaient que ce gouvernement pouvait aller plus loin que les effets d’annonce, et enfin construire ce fameux système de santé ambulatoire dont on a tant besoin. Ils pensaient que cette loi allait enfin concrétiser l’organisation collective de la médecine générale, que la course à l’acte allait être remplacée par l’action des soins coordonnés et pluri-professionnels. Ils pensaient que nous allions enfin lutter contre la cause des maladies et investir massivement dans la prévention et la lutte contre les pathologies de l’environnement, c’est-à-dire s’opposer aux lobbies qui prospèrent sur le mal-être qu’ils fabriquent. Quelle illusion de penser cela !

Mais que ces deux catégories d’opposants à cette loi s’associent pour soi-disant mieux la combattre, ne fait qu’engendrer la confusion, et délivrer à la population de ce pays en souffrance le triste spectacle d’une colère « d’enfants gâtés ».

Pour conduire le changement, il faut une vision politique, il ne faut pas adhérer et défendre un système économique qui ne peut que produire la misère que l’on prétend combattre, il faut donc un courage politique que l’on a depuis longtemps perdu, avenue de Ségur.

Ce qu’il y a de plus révoltant à la fois dans ce projet de loi qui loupe sa cible et dans la contestation déplacée qu’il suscite, c’est que nous savons ce qu’il faut faire, la voie est tracée par la Stratégie Nationale de Santé*. Il n’y a donc pas dans ce pays un gouvernement capable d’oser s’affranchir des corporatismes archaïques ?

*feuille de route pour la réorganisation du système de soins qui fait consensus et qui définit les modalités pour évoluer vers un système de santé plus apte à répondre aux besoins de santé de la population. La Stratégie Nationale de Santé à été décrite dans un rapport coordonné par Alain Cordier, fait à la demande du premier ministre JM Ayrault

samedi 15 novembre 2014, par Didier Ménard

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