Loi HPST : Bye, bye Hippocrate ?

A propos du livre écrit en collaboration avec Christian Laval, qu’il a récemment publié [1], Pierre Dardot, présent aux « Vendredis de la philosophie » de France-Culture, cite Margaret Thatcher :

«  L’économie n’est que le moyen. Le but est de changer l’âme  ».

Tout est dit, dans cette formule lapidaire, taillée à la serpe (au bistouri ?).

Comme nos auteurs le soulignent, le but de la « rationalité » néo-libérale n’est pas d’emporter l’adhésion : en ceci, elle n’est pas une idéologie. De fait, c’est une norme imposée, dans le but d’induire des comportements. Là encore, les termes ont leur sens : induire donc, et par conséquent, ne pas contraindre.

Au contraire, faire en sorte, une fois la norme imposée, que les intéressés se gouvernent par eux-mêmes, se bornant à se conformer à ses préceptes. Merveille : plus de gouvernement, plus de coercition : « Enrichissez-vous », recommandait Guizot en son temps.

Voici donc le sort promis par la loi HPST tant aux cadres administratifs hospitaliers qu’au personnel soignant et, par ricochet, à leurs patients.

C’est à ce changement radical de norme auquel sont conviés les acteurs du système de soins : foin du serment d’Hippocrate - et de sa forme modernisée : le serment médical.

A propos, que dit donc celui-ci : «  Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain  ».

Et que dit, en miroir, le projet de loi de Mme Bachelot, dans le cadre d’un article L. 6152-3 du code de la santé publique nouvellement créé :

« La rémunération contractuelle des praticiens bénéficiant d’un contrat mentionné au 3° de l’article L. 6152-1 comprend des éléments variables qui sont fonction d’engagements particuliers et de la réalisation d’objectifs quantitatifs et qualitatifs ».

Explication de texte à ce charabia hermétique, donnée charitablement et crûment, à l’avance, par le Président de la République dans son discours de Bletterans, qu’il convient de citer ici in extenso :

"Je ne vois pas pourquoi une politique d’intéressement, à laquelle je crois tant dans le secteur privé, ne s’appliquerait pas dans le secteur hospitalier ?

C’est grâce à l’amélioration de sa productivité qu’un centre hospitalier réalise un excédent. Pourquoi ne pas en faire profiter l’ensemble des acteurs responsables ? Je n’ai pas peur des mots. Une politique d’intéressement du personnel médical ou paramédical me semble très adaptée à la définition d’un projet où la responsabilité, la qualité et la sécurité sont trois mots majeurs de l’état d’esprit de notre politique"

Version 2009 du serment médical ?

On nous dira que, depuis, la crise est passée par là. Que les mêmes, à présent, évoquant le néo-libéralisme, n’ont à la bouche que le mot magique :« Régulation ». A quand donc la réécriture de la loi ?

vendredi 3 avril 2009, par Lucien Farhi

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