Vive le roi !

Hier j’étais à Lille au congrès de MGFrance syndicat de médecins généralistes où je représentais le Syndicat de la Médecine Générale. J’ai entendu le discours de Madame Bachelot ministre de la santé. Ce n’est pas la première fois que j’entends un ministre de la santé, et pourtant je suis toujours stupéfait par cette capacité de parler pendant un quart d’heure pour ne rien dire, juste l’annonce d’une date pour des élections professionnelles et la platitude de proclamer que madame la ministre aime la médecine générale. Nous savons que les faits montrent le contraire.

La médecine générale occupe peu de place dans le monde de la médecine qui est dominé par le point de vue des mandarins des hôpitaux qui ont leurs habitudes au palais de l’ Elysée. Justement parlons-en de l’Elysée. Si madame Bachelot a parlé pour ne rien dire, c’est aussi parce que le président lui a demandé de la boucler, car à partir de maintenant c’est lui et lui seul qui va s’occuper de la médecine libérale, on peut craindre le pire ! Si le roi s’occupe de ses médecins, c’est que ceux-ci ont eu l’outrecuidance de s’abstenir aux dernières élections ou peut être, pire, voter à gauche alors qu’ils avaient voté à 79 % pour lui à la présidentielle. Cela fait désordre, vite, le problème est sérieux, je m’en occupe dit le roi à ses conseillers. Et nous voilà partis pour aller de commissions en commissions, de grand-messes en grand-messes, d’effets d’annonces en effets d’annonces... Pendant ce temps-là, les chiffres montrent que si nous continuons sur notre lancée, il y aura moitié moins de généralistes en 2020.

Et si, pendant que le roi-président donne son spectacle, le plan démoniaque des marchands de soins avançait caché ? Leur projet est connu : transférer à l’assurance privée la protection maladie là où elle est rentable et laisser à la protection sociale solidaire les maladies chroniques et graves, celles qui ont un faible potentiel de rentabilité. Pour pouvoir gérer ces maladies rentables, plus besoin du médecin généraliste tel qu’il existe actuellement, il est bien trop proche des malades et bien trop spécialiste de la complexité qui coûte cher. Non, il faudra des techniciens supérieurs en soins, appliquant des protocoles standardisés avec l’aide du logiciel ad hoc, qui saura faire le bon choix. Très bien rémunérés, ces ingénieurs du corps « soigneront » les Français en fonction de leurs revenus... Bref le système reconnu comme étant le plus inégalitaire... Mais je délire, non, je me suis simplement endormi pendant le discours de madame Bachelot !!

mardi 30 mars 2010

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