Vaccination COVID-19 : Qu’en sait-on au 27 janvier 2021 ?

Matthieu Piccoli [1]
Gériatre,
Praticien Hospitalier, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Centre Université de Paris, Président de l’Association des Jeunes Gériatres.

En application de l’article l’Art. R4127-13 du Code de la Santé Publique (Légifrance, 2020), dans toute communication publique, nous devons « ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de [nos] propos auprès du public ».
Rappelons ainsi qu’en matière sanitaire, scientifique et de contrôle épidémique, seuls doivent importer les arguments, les données et les faits, pas les opinions (une opinion, c’est comme un anus, tout le monde en a).
Poser des questions est, bien sûr, légitime, surtout lorsque les réponses ne sont pas connues. Toutefois, lorsqu’elles le sont, même partiellement, cela ne peut, éthiquement, être un mode d’expression et de communication sain dans le débat scientifique ou démocratique : il convient de sourcer au maximum le propos, par respect pour le public (#1 [2]).

En ce cas, seuls les arguments, sourcés, avec des hypothèses basées sur des données antérieures, peuvent y participer : ni l’invective, ni le manque de respect, ni la diffamation, ni le harcèlement (en particulier s’il ne vise que les femmes chercheurs (#2) ne sont des modes d’expression souhaitables.
Enfin, rappelons la nécessaire humilité qui nous est imposée par l’épistémologie : la vérité est relative, l’erreur est humaine mais nous pouvons mettre en place des mécanismes pour nous prémunir au maximum d’erreurs d’interprétation et de biais cognitifs (catégorisation des biais selon Benson, algorithme par John Manoogian III, usabilis.com, 2018). La base, pour éliminer ces biais au maximum, c’est donc de suivre une méthode hypothético-déductive : nous formulons une hypothèse, puis proposons des expériences pour la vérifier, en partant du principe qu’elle est fausse. Et c’est après avoir suffisamment d’arguments pour montrer qu’elle n’est pas fausse qu’on peut accepter qu’elle soit vraie.
Seulement, toutes les méthodes pour répondre à nos hypothèses ne se valent pas et ne veulent pas dire la même chose, il y a diverses manières d’évaluer le niveau de preuve (HAS 2013), mais retenons qu’en thérapeutique comme en vaccination, la manière de prouver le plus efficacement possible, c’est de réaliser un essai contrôlé randomisé.
Lorsque plusieurs essais contrôlés randomisés sont réalisés, on peut envisager de faire une méta-analyse, c’est-à-dire de grouper plusieurs études aux méthodes comparables (#3) (on ne peut pas ajouter des torchons et des serviettes). Cela permet d’augmenter la puissance de la réponse à la question. Quand plusieurs études, méta-analyses et agences de santé indépendantes convergent, il apparaît raisonnable de conclure que la controverse est levée, jusqu’à ce que de nouvelles preuves viennent faire évoluer les connaissances (Risque Alpha, Chloroquine et Evidence Based Medicine : 7 petits histoires, vidéo de vulgarisation 28 minutes, 2020).

Pour démarrer cette étude, déjà, on fait des tests en laboratoire, dans des tubes, puis sur des animaux, 2 espèces, puis on vérifie qu’il n’y a pas de toxicité chez l’homme, puis on vérifie chez un petit nombre de personnes malades la meilleure posologie. A chaque étape impliquant la personne humaine, les projets sont vérifiés par un comité d’éthique indépendant et une agence de recherche, pour s’assurer que le protocole est strict et protège les personnes qui aident la recherche par leur participation.
Une fois fait, on va séparer, au hasard, un nombre important de personnes en 2 groupes, pour permettre de former deux groupes identiques, chacun ressemblant le plus possible à la population générale à qui est adressée le traitement. Ces précautions permettent de dire qu’au début, ces groupes sont identiques. Puis, on choisit, également au hasard, de donner à un groupe le traitement (ou le vaccin) et à l’autre groupe, le placebo. Et on regarde, dans le cas d’un vaccin, par exemple, combien de personnes vont tomber malades dans chaque groupe et les effets indésirables dans chaque groupe. Ça permettra de dire si le vaccin est efficace et s’il y a une différence dans les effets indésirables, car la durée de suivi étant longue, des évènements de santé indépendants du vaccin vont survenir, dans les 2 groupes. C’est seulement si ces évènements diffèrent grandement entre les groupes et de ce qu’on attend dans la population générale, qu’on pourra éventuellement poser la question d’un lien avec le vaccin.
C’est avec ce genre de données que les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) sont évaluées par les agences du médicament, évaluant la balance entre le bénéfice attendu du traitement et ses risques, en regard de la maladie (sa fréquence, sa gravité, ses risques...). Une fois l’AMM obtenue, les produits de santé sont toujours évalués, pour vérifier qu’à leur utilisation, il n’y a pas d’effets indésirables (via une pharmacovigilance, qui implique directement les patients, en France, par exemple, via l’outil du Ministère de la Santé en lien avec l’ANSM (Portail de signalement des événements sanitaires indésirables, Ministère chargé de la Santé, 2017).

Les statistiques Mondiales (#4) et Françaises (Santé Publique France, 2020) font état, depuis le 22 janvier 2020 des éléments suivants (données au 09 janvier 2021).
Les évolutions hebdomadaires sont calculées grâce à Covid Tracker (Guillaume Rozier, 2020).
• Dans le monde : 89 439 905 cas, 1 922 563 décès, 49 666 486 personnes considérées guéries et 37 850 856 infections encore actives.
• En France : 2 824 920 cas, 67 734 décès, 208 090 personnes considérées guéries et enfin 2 549 096 infections encore actives.
Le taux de positivité des tests pour la première semaine de janvier 2021 est en hausse depuis la mi-décembre, à 6,3 % (pour un peu moins de 250 000 tests réalisés par jour), avec une mortalité en hausse de 5 % sur la dernière semaine (263 décès le 09/01/2021, soit l’équivalent de la capacité d’un Airbus A350 tous les jours), avec, sur les 15 127 nouveaux cas par jour (en moyenne sur 7 jours), en hausse de 20 % par rapport à la semaine passée, 8 787 nouvelles hospitalisations sur les 7 derniers jours dont 1 355 en réanimation, en hausse.
En France, sur 1 000 personnes infectées par SARS-Cov2, environ 220 (20-25 %) auront besoin d’être hospitalisées dont environ 40 (3,5-5 %) en réanimation et 6 personnes décéderont (0,6 %).
Les personnes hospitalisées étaient, dans ¾ des cas, âgées de plus de 65 ans, les personnes hospitalisées en réanimation étaient âgées, dans la moitié des cas, de plus de 65 ans) et 92 % des personnes décédée avaient plus de 65 ans.
Il convient de prendre ces chiffres avec prudence, car les méthodes actuellement utilisées sans coordination conduisent à une sous-détection de la circulation virale en France (#5) car environ 38 % des cas (symptomatiques ou non) sont détectés et seulement 31 % des personnes présentant des symptômes ont consultent un médecin pendant la période de l’étude (entre fin avril et début juillet 2020).

Au-delà des formes graves, nécessitant une hospitalisation, on note, pour les patients symptomatiques traités en ville (#6), environ un tiers qui avaient encore des symptômes entre 1 mois et 1 mois et demi après le début des symptômes, en particulier « Fatigue, gêne respiratoire et perte du goût ou de l’odorat ».
Pour ce qui est des patients symptomatiques et hospitalisés : une étude chinoise (#7) retrouvait que 76 % conservent au moins 1 symptôme à 6 mois (fatigue ou faiblesse musculaire, troubles du sommeil avec anxiété ou dépression, les patients les plus graves avaient une capacité respiratoire plus sévèrement diminuée et avaient des anomalies persistantes à l’imagerie thoracique). Une étude italienne (#8) retrouvait quant à elle que 55 % des patients présentaient au moins 3 symptômes à 2 mois.
Ces formes toujours actives nécessitent souvent un arrêt de travail prolongé, ont un impact sur la qualité de vie, sur les capacités à mener les activités de la vie quotidienne, malgré le suivi (#9) et la rééducation (#10) menées. De nombreux symptômes pourraient persister, en particulier neurologiques (#11), avec des difficultés à identifier la réalité de ce qu’est un « COVID-long » (#12), justifiant, pour les institutions de santé du Royaume-Uni d’éditer un guide « Vivre avec la COVID-19 » (#13).
Ceci a donc un impact à un échelon individuel, mais aussi à un échelon familial et sociétal.

L’espérance de vie au niveau mondial a été fortement augmentée, en particulier par la réduction de la mortalité infantile. Cette dernière l’a été grâce, notamment, à la vaccination, qui est venue renforcer l’efficacité des mesures d’hygiène puerpérale et aux conditions socio-économiques, dans le cadre des programmes de santé publique de l’OMS (Mortalité de l’enfant, OMS 2011).
Il s’agit d’une avancée énorme en matière de santé collective et de santé individuelle, ayant permis d’éradiquer la variole dans le monde, la poliomyélite en France (de nombreuses personnes âgées ont encore des séquelles invalidantes de cette maladie), la rougeole au Costa-Rica (Costa Rica : une famille française panique un pays entier, France Inter, Les Histoires du Monde, 25 février 2019)...
Il s’agit d’une méthode de prévention particulièrement sûre et efficace (Vaccination et sécurité des vaccins, Questions-réponses, OMS, 2018).
Beaucoup de personnes sont indécises, du fait de plusieurs fausses informations relatives à la vaccination : Non, L’Autisme n’est pas lié à la vaccination ROR (ROR et autisme, Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale, OMS, 2002). L’incidence ou l’évolution de la Sclérose en plaques n’est pas non plus liée à la vaccination contre l’Hépatite B (Vaccin contre l’hépatite B et sclérose en plaques, Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale, OMS, 2002).
Bien sûr, comme tout traitement, des effets indésirables peuvent survenir.
 Ces derniers surviennent au maximum dans une période de 6 mois suivant la vaccination.
Les effets indésirables graves des vaccins sont rarissimes.
Par exemple, avec la vaccination contre la Rougeole, des possibles affections du système nerveux (Syndrome de Guillain Barré, Encéphalite, Névrite périphérique) surviennent dans environ 1 cas pour 1 million, sachant que ces affections surviennent dans 0,15 % des cas de rougeole, donc 1,5 cas pour 1 000(Service d’information vaccinale de Santé Publique France, vaccination-info-service.fr).
On a ainsi un risque, comme pour tout produit de santé, à la vaccination, qui est particulièrement rare, mais ce risque vaccinal est 1 500 fois plus fréquent avec la maladie prévenue par le vaccin.
Des effets bénins surviennent également, témoignant d’une réponse immunitaire locale et générale, à type de rougeur, douleur, induration sur le point d’injection ou de mal de tête et fièvre. Ces effets durent généralement peu de temps.
Ces 2 fréquences illustrent la notion de balance bénéfice/risque.
Cette compréhension de la balance bénéfice-risque permet à chaque personne de s’approprier les connaissances nécessaires au consentement du geste vaccinal, tant pour soi que pour autrui.
Des données analysées par un organisme indépendant (Cochrane Library) suggèrent que l’éducation des parents (#14) ou la discussion en face-à-face (#15) pourraient augmenter la couverture vaccinale.

En effet, la transparence et la qualité de l’information (tribune de Linda Cambon, François Alla et Michaël Schwarzinger dans La Conversation, 22 décembre 2020) sont la base de la confiance que l’on reçoit.

Les vaccinations disponibles en France font l’objet d’une information détaillée sur ce site.

Les données de vaccination antigrippale des plus âgées montrent une efficacité majeure de la vaccination antigrippale chez les plus âgés, malgré une réponse immunitaire plus faible : réduction de mortalité toutes causes chez les personne vaccinées, réduction d’incidence des formes graves chez les patients vaccinés (avec moins de confusion aiguë si hospitalisation et moins de perte d’indépendance fonctionnelle à la sortie), d’après des travaux présentés récemment aux Journées Annuelles de la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie avec 2 communications en particulier :
• Impact de la vaccination antigrippale sur la mortalité chez les personnes de 80 ans et plus : étude d’une cohorte de 9 149 sujets ambulatoires avec analyse par score de propension, P. Walzer
• La vaccination antigrippale modifie-t-elle le pronostic des patients âgés hospitalisés. Cohorte « Pratique et Usage en Gériatrie et Gérontologie » 2016-2017 en France, P. Bavelele.
De même, des données sur la vaccination antipneumococcique sont disponibles : (même congrès, Associations entre la vaccination antipneumococcique et la réduction de la mortalité et des admissions à l’hôpital chez les résidents des maisons de retraite : une étude d’observation, C. Havreng-Théry).

Chaque année, l’épidémie de grippe, représente un poids sanitaire majeur (#16), avec une mortalité estimée en France à 2,2 décès pour 100 000 habitants. La réduction des hospitalisations, de leur durée et de la mortalité sont donc des enjeux de prévention, notamment via la vaccination. Le virus a plusieurs profils : le développement des vaccins est donc réalisé dans l’hémisphère Nord sur la base des variants majoritaires de l’hiver précédent dans l’hémisphère Sud.

Tous les vaccins sont testés sur 2 groupes de personnes, un groupe vacciné et un groupe non vacciné (cf. supra) et une partie du délai de développement de ces vaccins dépend du nombre de personnes qui seront infectées après un contact avec le microbe concerné : dans une période de pandémie, la circulation virale expose beaucoup plus rapidement les personnes au virus et donc, on peut observer beaucoup plus rapidement une différence entre le nombre de personnes malades dans le groupe de personnes non-vaccinées (ayant reçu un placebo) et dans le groupe de personnes vaccinées.

Il s’agit d’utiliser, pour que notre système immunitaire puisse combattre le SARS-CoV2 s’il le rencontre, le fonctionnement habituel de nos cellules. En effet, pour fabriquer les protéines (par exemple, celle qui transporte l’oxygène dans nos globules rouges, l’hémoglobine), son gêne, qui se trouve dans l’ADN dans les noyaux de nos cellules, sera d’abord traduit en ARN messager, sortira du noyau, sera traduit en protéine qui sortira de la cellule pendant que l’ARN messager sera dégradé.
Au lieu de demander à notre cellule de produire l’hémoglobine, on va lui demander, via un ARN messager stabilisé pour qu’il ne puisse pas entrer dans notre noyau, de fabriquer la protéine de surface de SARS-Cov2, la protéine Spike. Quand elle sortira de la cellule, notre système immunitaire pourra produire des anticorps contre elle pour neutraliser le virus. C’est un peu comme dans une imprimante 3D : l’ARN messager est le fil plastique qui permet d’imprimer. Il sera utilisé, dans nos cellules, pour « imprimer » la protéine Spike (qui sera excrétée de la cellule et reconnue par le système immunitaire), mais il ne peut pas rentrer dans l’ordinateur pour modifier le fichier d’impression (qui est l’ADN, contenu dans le noyau).
L’Inserm a d’ailleurs fait une précision importante (Site de l’Inserm, salle de presse, 14 décembre 2020) : il ne s’agit pas de thérapie génique : cet ARN messager ne rentre pas dans le noyau de la cellule. Il ne pourrait de toute façon ni se transformer en ADN, ni s’y intégrer.
Le détail du génie biochimique qui permet la fabrication de cet ARN messager vaccinal est repris dans deux articles en Français (site de Renaud Guérin).
Un historique de cette technologie a été particulièrement brillamment retracé par Marc Gozlan .

Vous trouverez 2 webinaires de près d’une heure portés par l’APHP autour des données actuelles sur la vaccination contre SARS-Cov2 : ici et ici (contenant une partie sur la gestion des fausses informations). Ce sont deux émissions accessibles, y compris pour des non-médecins, qui permet de comprendre de nombreux éléments.
Les études de vaccination contre la COVID-19 menées par Pfizer-BioNTech (#17) et par Moderna (#18) ont été publiées dans le New England Journal of Medicine.
Pour le premier vaccin, mené en double aveugle et randomisé, sur plus de 43 000 personnes de plus de 16 ans (dont environ 40 % âgés de plus de 55 ans et 4,2 % de plus de 75 ans), il y a 2 injections espacées de 21j.
On retrouve 95 % d’efficacité à 1 semaine de la 2e dose avec une protection qui débute à partir de 12j après la 1re injection.
Pour le second, lui aussi mené en double aveugle et randomisé, sur plus de 28 000 personnes de plus de 18 ans (dont environ 25 % âgés de plus de 65 ans), on retrouve 94,1 % d’efficacité à 14j de la 2e injection, avec une protection qui débute à partir de 14j après la 1re injection.
Les effets indésirables mesurés jusqu’à 2 mois de l’injection tout à fait habituels face à des vaccins et peu graves (rougeur et douleur au point d’injection, fièvre < 39 °C, mal de tête et crampes, en moyenne de courte durée (1 à 3 jours). Ces évènements survenaient plutôt après la 2e injection, dans la première étude et après la 1re injection pour la deuxième et dans une moindre proportion chez les personnes les plus âgées).
Les données des campagnes de vaccination réalisées à ce jour (environ 4 millions de personnes) ont retrouvé 3 évènements allergiques, chez des personnes allergiques connues au PEG (un sucre utilisé pour maintenir un aspect liquide au vaccin).

1. Quelle efficacité dans les groupes de personnes non inclus dans ces essais (femmes enceintes, enfants de moins de 16 ans, personnes immunodéprimées, personnes ayant déjà été infectées par COVID-19) ?
Dans l’attente de données et/ou d’études, se reporter aux 2 avis de la Haute Autorité de Santé (COMIRNATY®, Covid-19 mRNA®), qui recommande que ces populations s’entretiennent avec leur médecin.
Les personnes ayant fait une infection COVID-19 symptomatiques sont invitées à attendre 3 mois avant d’envisager, après discussion avec leur médecin, de se vacciner.

2. Quelle durée de protection garantie par les vaccins ?
A l’heure actuelle, cette durée n’est pas connue. Les données publiées des études à ce jour ne vont pas au-delà de 4 mois de suivi, mais ces vaccins stimulent l’immunité cellulaire, qui est généralement prolongée (#19).

3. Est-ce que le vaccin protège contre des infections asymptomatiques et contre la transmission virale à des personnes non vaccinées ?
Des données issues du rapport de la FDA sur le vaccin de Moderna (Vaccines and Related Biological Products Advisory Committee December 17, 2020 Meeting Briefing Document Addendum- Sponsor) semblent indiquer une réduction de 2/3 de la transmission virale chez les personnes vaccinées, mais il s’agit d’analyses intermédiaires qui méritent d’être confirmées.

4. Quelle protection pour les personnes n’ayant reçu qu’une dose ?
La plupart des institutions sanitaires mondiales, OMS comprise, invitent les médecins à respecter les critères d’AMM et à réaliser les 2 injections prévues, dans les délais prévus, car cela peut diminuer l’efficacité.

5. Quid de la vaccination Anti-COVID-19 des personnes âgées ?
La population de plus de 75 ans est plutôt faible dans la première étude, mais l’analyse en sous-groupe a permis de montrer sur plus de 750 patients dans chaque groupe, que le vaccin était efficace dans 100 % des cas (0 cas/775 dans le groupe vacciné vs 5 cas/785 dans le groupe placebo).
Dans la seconde étude, la population de plus de 65 ans représente un quart de la population étudiée, avec une efficacité dans cette population de 86,4 % (4 cas/3 583 dans le groupe vacciné vs 29 cas/3 552 dans le groupe placebo).
Le faible pourcentage de patients de plus de 75 ans inclus incite donc à la prudence quant à la généralisation en population gériatrique : les patients inclus dans les essais n’ont généralement pas le même profil de morbidité ou d’indépendance fonctionnelle que les patients inclus dans ce genre d’essais.
C’est une limitation modérée, mais pour laquelle, lorsqu’on observe les données de mortalité de la COVID-19 dans cette population (environ 35 % (#20) malgré les corticoïdes (#21) et l’anticoagulation (#22), qui ont réduit la mortalité de manière prouvée), le bénéfice net à ne pas contracter une maladie dont la gravité dans cette population est importante que les effets pour s’en protéger (distances physiques) ont un impact psycho-social et physique.
L’enjeu vaccinal, dans ces populations, est bien la levée véritable du confinement, qui pose des questions éthiques majeures
(#23) et la reprise de la vie habituelle, pour ne pas les laisser dépérir sans visite et en réduisant drastiquement leurs soins habituels. Cela rejoint l’injustice épistémique à laquelle sont déjà confrontés ces personnes, participant peu aux essais thérapeutiques (#24).
Il faut également souligner que la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie va mener une étude détaillée de cette campagne de vaccination chez les personnes âgées.

Dans le BMJ, Wise rappelle que les vaccins ciblent « plusieurs régions de la protéine Spike » (#25) et que cela ne devrait pas altérer la réponse vaccinale.
A moyen terme, si d’autres mutations surviennent (et parviennent à s’imposer comme formes dominantes, car les mutations virales sont légions, mais pas toutes dominantes), il est probable que le vaccin soit, comme pour celui de la grippe, rendu polyvalent.
Les mutations surviennent dans les virus de manière fréquente (Meylan P, Mutation dans la protéine Spike de SARS-CoV-2, Rev Med Suisse 2020 ; 16. 1470). Celles qui persistent sont celles qui donnent un avantage au virus, c’est-à-dire lui permettent d’infecter davantage de personnes.
Malgré quelques mutations sur la protéine Spike, les cibles des anticorps sur cette dernière (#26) sont multiples et, dans ce travail en cours de relecture et en prépublication, ne sembleraient pas, à ce jour, modifiées par le variant B.1.1.7.
Toutefois, l’avantage de la technologie à ARN messager est qu’avec la facilité de sa
production, des compléments peuvent être facilement produits.

La vraie question à laquelle il nous faudra répondre, dans un colloque singulier entre professionnels et personnes, sera la suivante : si j’ai l’opportunité de me faire vacciner aujourd’hui, quels sont les arguments en faveur et en défaveur à la faire ?
Au plan collectif tout comme au plan individuel, souvenons-nous des 4 vagues de morbi- mortalité de l’épidémie COVID-19 :
-  La première, directement liée à une COVID-19, chez les personnes contaminées.
-  La seconde, chez toutes les personnes ne pouvant soigner correctement une maladie incidente, du fait de la désorganisation de l’hôpital public ou de la crainte de choper la COVID à l’hôpital (Infarctus, AVC, Cancer...)
-  La Troisième, qu’on a bien vue en Gériatrie, du report/décalage des soins de personnes ayant des maladies chroniques, avec les flammes de nos aînés qui s’éteignent petit à petit faute de lien social et de suffisamment de soignants, car infectés ou déplacés dans des unités COVID.
-  La Quatrième, liée aux conséquences économiques, sociales et psychiques d’une épidémie prolongée (suicides de commerçants ou de personnes licenciées, précarité qui augmente, personnes se retrouvant sous le seuil de pauvreté...), avec son lot d’austérité qui tue qui sera introduite d’autant plus forte que la crise économique sera violente.

Aussi, tout ce qui peut permettre de stopper ces 4 vagues avec la plus grande efficacité et le moindre coût doit être entrepris, une fois une estimation de sa balance bénéfice-risque relativement précise.
C’est là qu’on en vient à la prise de décision en situation d’incertitude, notre lot quotidien, au chevet des malades.
L’incertitude repose désormais sur le dénominateur, le risque. De quelles données disposons-nous pour estimer le risque d’une vaccination plus grand qu’un cumul de ces 4 vagues et ainsi nous empêcher de réaliser une campagne de vaccination ?
A l’heure actuelle, avec 2 mois de recul post-vaccination dans l’étude, il n’y a pas eu de signal négatif fort.
En vie réelle, en Grande-Bretagne, le seul signal négatif fort a concerné des réactions allergiques, exceptionnelles et peu graves.
Il existe d’excellentes explications en vulgarisation de ce qu’est la prise de décision en situation d’incertitude, notamment pour peser la balance bénéfice-risque, en particulier 2 supports vidéo de Christophe Michel (Hygiène Mentale) : ici et ici. On en trouve également d’excellentes sur l’histoire de la vaccination à ARN messager ou une vulgarisation en 15 minutes sur la balance bénéfice-risque au vaccin contre la COVID-19.

La Haute Autorité de Santé, saisie par le Ministère de la Santé, a produit plusieurs avis et recommandations.
Une consultation publique a été réalisée.

Mi-décembre, des recommandations ont été éditées ici et ici.
Elles sont précisées ici.
L’enjeu est de protéger en priorité les personnes qui ont actuellement la morbi-mortalité la plus lourde, dans le but de sauver des vits et d’éviter au maximum des hospitalisations. Les professionnels de santé qui s’occupent de ces personnes et ceux identifiés comme « à risque » sont également invités à se faire vacciner dès la première phase.

Le Dr T. Fiolet (@T_Fiolet), épidémiologiste à l’Université Paris Saclay, a réalisé une synthèse de ces deux vaccins. Notons que ces vaccins ne contiennent pas d’excipients (en rappelant que, dans les vaccins habituels utilisant, par exemple, de l’aluminium, la dose ingérée dans 1kg d’aliments usuels dépasse largement la quantité d’aluminium dans 20 ans de vaccinations et que son usage n’a pas montré de complication).

Le Guide de vaccination détaillant les procédures est disponible ici.
Notons qu’il s’agit d’une injection à réaliser par voie intra-musculaire dans le Deltoïde. En utilisant une aiguille et une seringue à faible volume mort,il est possible d’utiliser une 6e dose dans le vaccin de Pfizer-BioNTech.
Notons en dernier lieu que la FDA recommande de respecter le plus scrupuleusement possible le calendrier vaccinal détaillé dans l’AMM de chaque produit. L’ANSM, dans un communiqué, a, elle-aussi, rappelé l’intervalle maximum de 42j entre les 2 injections du vaccin Pfizer-BioNTech.


Pour aller plus loin :
Ressources sur la COVID-19 :
-  SFGG
-  SPILF : ici et ici
-  HCSP

Foire aux Questions sur les vaccins COVID-19 :
-  SPILF
-  SFPT
-  Base documentaire COVID-19 de l’APHP
-  Statistiques sur la COVID-19 dans le monde
-  Collaboration académique impliquant également la Cochrane Library et l’OMS recense les études sur le COVID
-  Données actualisées sur le taux de vaccination contre SARS-Cov2 en France
-  Stratégie de vaccination contre SARS-CoV2 de la HAS
-  Combien y a-t-il encore de candidats vaccins contre la COVID-19 ?
-  Dispositif de surveillance vaccination COVID-19 de l’ANSM 
-  Avis EMA sur le vaccin PFIZER-BIO-NTECH
-  Avis EMA sur le vaccin MODERNA
-  Un blog d’utilité publique en particulier autour de la COVID-19
-  Efficacité des masques sur la transmission de SARS-CoV2
-  Sécurité vaccinale en France
-  Association des Jeunes Gériatres


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dimanche 31 janvier 2021, par Matthieu Piccoli

Documents joints


[1Déclaration de liens d’intérêts : Je suis le Dr Matthieu Piccoli, Médecin Gériatre, Praticien Hospitalier à l’AP-HP. Je suis également président de l’Association des Jeunes Gériatres. Je n’ai pas de conflits d’intérêts industriels directs.
Je travaille en équipe mobile de gériatrie, en équipe mobile de soins palliatifs gériatriques et en consultation mémoire.
Pendant la première vague, j’ai modifié mon activité pour répondre aux besoins, de sorte de n’avoir qu’une activité de médecine palliative quasiment exclusivement dédiée à la COVID-19, en unité COVID Gériatrique.
Je ne suis ni immunologiste, ni épidémiologiste, ni médecin de santé publique, mais je suis attaché au service public hospitalier, à la qualité de l’information transmise et à la transparence de la communication en santé et je vais essayer d’expliquer comment, par la lecture d’articles et données scientifiques, j’ai pu forger mon opinion sur la vaccination.

[2Voir, en fin d’article, la bibliographie utilisée pour les liens avec un #


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