Sisyphe et la loi HSPT

Sisyphe et la loi HSPT

Hier, 9 octobre, je participais à un colloque de l’Union Nationale des Réseaux de Santé dans le cadre des Journées Nationales de la Médecine Générale. Le thème était la place des réseaux de santé dans les territoires de santé prévus par la nouvelle loi HSPT.

La présentation de la problématique fut de qualité et le débat intéressant. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être en colère à l’issue de cette rencontre et cela, pour deux raisons.

Les premiers réseaux ont vu le jour en 1990, et hier, les représentants des institutions qui s’exprimaient à la tribune tenaient le même discours que ceux qui, en 1992, faisaient part de leurs positions sur cette innovation de l’organisation de l’offre de soins. Il y a du pour, il y a du contre, il y a ceci, il y a cela, il y a surtout du déjà dit ...

Ce qui me choque, c’est qu’ à aucun moment les bilans, les enseignements ne sont tirés ; des lois, des circulaires, des décrets sont promulgués, ceux qui ont porté ces réformes sont partis les petits nouveaux technocrates arrivent, ils ignorent l’histoire des réseaux mais ils nous font la leçon.

Et pourtant, les évaluations ne manquent pas, et le constat est le même : quand les acteurs de terrain, les professionnels de la santé s’organisent pour faire face à des défis de santé, ils inventent, ils reformulent les problèmes, ils décloisonnent les systèmes et surtout, ils osent s’attaquer au changement des mentalités, les leurs d’abord, celles des institutions ensuite, mais tout cela relève de l’anecdotique quand on travaille au sommet de la pyramide. Avec la loi HSPT, on nous rejoue le même film dont on connaît déjà le scénario et qui se termine toujours par la victoire des conservatismes.

Il ne faut donc pas s’étonner, et c’est la deuxième raison de ma colère, de l’acceptation passive de cette loi. Elle est votée, donc elle est juste. Il nous est demandé d’en être les exécutants zélés. L’esprit critique a déserté, à aucun endroit de cette loi une concertation authentique n’est organisée, l’infernale logique de la décision descendante vers les acteurs de terrain est omniprésente et ce ne sont pas les précautions oratoires et les formulations rassurantes qui peuvent faire oublier que l’on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace.

Tel Sisyphe, nous allons continuer à rouler notre caillou pour préserver nos petits acquis, pour défendre nos valeurs, pour ne pas sombrer dans le défaitisme, pour continuer notre chemin qui donne du sens à notre travail quotidien et surtout, une fois de plus, nous dire qu’il faut imaginer Sisyphe heureux

dimanche 11 octobre 2009

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