Merci, les Bleus !

Nous sommes injustes avec l’équipe de Raymond. Ce que la presse ne dit pas, c’est que la défaite assumée de l’équipe de France est un choix réfléchi et collectif !
Depuis deux mois, le gouvernement Sarkozy prépare à la hâte une réforme des retraites, bien avant l’arrivée des vacances, profitant de la fascination du peuple pour les jeux de cirque en Afrique du Sud. Si les Bleus avaient atteint les quarts de finale, l’enthousiasme eût été tel que la jonction avec la période estivale aurait été assurée et le champ libre donné à nos ministres pour commettre leurs méfaits législatifs. Devant la mollesse de la protestation populaire et les hésitations de syndicats en quête de respectabilité, nos vaillants footballeux n’avaient d’autre choix que de se faire de plus en plus nuls, sportivement et humainement, espérant que la colère populaire se retournerait contre les gouvernants.
Saluons à sa juste valeur cet acte d’abnégation : nos sportifs de haut niveau nous garderaient rancune de ne pas mieux en profiter.

Bien sûr, vous l’aurez compris, c’est de l’humour un peu sombre. Et pourtant, comment se fait-il que personne ne hurle au machiavélisme de gouvernants qui, chaque année, profitent de la période estivale pour faire passer des lois antisociales ? Cette année, la pilule est grosse : après avoir proclamé, il y a deux ans, que tous les travailleurs devaient être logés à la même enseigne et uniformisé toutes les retraites à 60 ans, ils tiennent, avec aplomb, le discours inverse en allongeant la durée de travail, sauf pour les emplois pénibles.
En plus de la période estivale, ils utilisent celle où les regards sont orientés vers les antipodes dans lesquels un ballon rond fait tourner les têtes jusqu’à la nausée : rêve d’une société multiculturelle où tout le monde s’aimerait et défilerait sur les Champs Elysées, comme en 1998, parce qu’on serait les plus forts, qu’on aurait gagné…
Mais qui a gagné ? l’ouvrier qui devra travailler deux ans de plus ? J’ai un doute ! Le chômeur qui restera sans emploi, parce que le sien sera pris par un ancien qui devra travailler plus longtemps ? J’ai un doute ! L’accidenté du travail, qui verra son arrêt refusé par le médecin de la caisse d’assurance soumis à ses consignes de productivité ? J’ai un doute ! Le travailleur intérimaire à qui l’on refuse un emploi stable, alors qu’il travaille depuis plusieurs années à la satisfaction de son chef ? J’ai un doute !
Les empereurs romains avaient compris l’astuce, ils organisaient les jeux du cirque, comme un exutoire à la colère des citoyens. Plus ces jeux étaient violents, plus le peuple se calmait, acceptait l’exploitation. Jamais, depuis la révolte des esclaves, les sportifs n’ont refusé de jouer le rôle de somnifère que les puissants de ce monde leur attribuent.
Et pourtant, si, au lieu de trainer en Afrique du Sud, les journalistes enquêtaient sur la précarisation des travailleurs, sur la difficulté croissante de la population à organiser son budget du mois, sur la nécessité de créer ou de recréer des liens collectifs de résistance, alors, peut-être pourrions-nous faire échec à des projets législatifs n’ayant d’autre but que de livrer aux capitalistes l’assurance santé et l’assurance retraite, précarisant au passage les travailleurs.

Dans leurs petits calculs mercantiles, ils oublient que chaque époque de régression sociale s’est terminée par des révoltes ou des révolutions. La question n’est plus de savoir si le peuple les mettra dehors, mais bien quand !

mardi 22 juin 2010, par Jean-Louis Gross

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