Médecins généralistes : Que gronde la colère !

Une colère sourde et profonde se répand chez les médecins généralistes. Leurs exclusion de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 en est le catalyseur. Nombreux sont celles et ceux qui exercent la médecine générale et qui comprennent petit à petit que le double langage à leur encontre est potentiellement destructeur.

Depuis les Etats Généraux de l’ Offre de Soins ( EGOS), ce double langage n’a jamais été aussi fort. Quand un ministre affirme que le généraliste est le pivot du système de l’offre de soins, il faut entendre que le généraliste doit devenir le serviteur zélé de la politique qui vise à transformer notre système de protection sociale. Il faut leur faire croire, à ces acteurs du premier recours, qu’ils sont indispensables, que le parcours de soins coordonné par le médecin traitant est la forme achevée de la reconnaissance professionnelle. Mais chacun peut constater que la réalité est tout autre. Normalisation des pratiques, contrôles incessants sur les prescriptions, achat de la crédulité des médecins par les CAPIS, où ceux qui y adhèrent s’approprient leur propre outils de destruction, division de la profession pour mieux régner ... Pourquoi tout cela, alors que plus que jamais la nation devrait reconnaître le rôle indispensable des soignants du premier recours. Pourquoi tant de mépris ? Parce qu’il est indispensable, pour transférer au secteur assurantiel privé le risque maladie producteur de profit, d’avoir un corps professionnel de généralistes dociles et soumis.

L’exercice libéral ne protège de rien, le projet de société qui est mis en œuvre a besoin d’une protection sociale à deux vitesses. Une pour les « grands » malades, plutôt pauvres, qui doivent être pris en charge par la collectivité car le coût de leurs soins est trop important, et une autre, plus lucrative, pour le petit risque maladie qui dégage beaucoup de profits. Pour que les profits soient au rendez vous de demain, le secteur des assurances privées a besoin, comme aux Etats Unis, de médecins généralistes qui agissent en fonction des ordres passés par l’assureur du patient. La tactique de soumission veut qu’aujourd’hui l’assurance maladie joue le jeu du privé et convoque individuellement les praticiens pour les mettre en situation d’accusés d’avoir mal agi en prescrivant trop de ceci ou de cela, comme pour les arrêts maladies. Cela vise à mettre en situation d’infériorité le médecin qui, demain, acceptera de choisir sa prescription en fonction de l’intérêt de l’assureur et non plus de l’intérêt du malade.

Nous sommes au cœur de l’évolution du système social qui veut toujours plus de libéralisme. Ce n’est pas la crise financière qui va ralentir le processus. Les médecins ont des responsabilités importantes pour, d’une part, sauver leur exercice professionnel dans la défense des valeurs qui le fondent et, d’autre part, sauver un système de protection sociale indispensable à la cohésion du pays.

Alors, que gronde la colère, demain il sera trop tard.

mercredi 16 décembre 2009

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