Incubation

On parle de période d’incubation pour décrire le temps qui s’écoule entre la contamination et l’apparition des premiers symptômes d’une maladie.
Lorsqu’un individu est contaminé par le virus VIH, il peut, soit présenter 2 ou 3 semaines plus tard un syndrome fébrile évoquant la mononucléose infectieuse, soit n’avoir aucun symptôme avant 5 ou 8 ans ou plus et avoir alors des signes d’immunodépression et faire un SIDA.

Doit-on dire que l’incubation est de 2 ou 3 semaines dans un cas ou qu’elle est de 3 ou 5 ans dans l’autre ?

Lorsqu’un individu est contaminé par le virus de la varicelle, il ne présente aucun signe avant le 14e jour, on peut dire qu’il est en période d’incubation aussi bien 5 jours après la contamination que 13 jours après. Il y a pourtant une différence essentielle entre le sujet contaminé 5 jours plus tôt et celui qui a été contaminé 13 jours plus tôt. Ce dernier est en effet susceptible de contaminer son entourage, alors que le premier ne l’est pas.
Le fait d’appeler incubation l’ensemble de la période sans faire de distinction entre ce qui représente un risque pour l’entourage et ce qui ne comporte pas de risque témoigne d’une médecine centrée sur l’individu malade (pour lui en effet il n’y a aucune différence entre le 5e et le 13e jour : il n’a aucun symptôme) et ne prenant pas en compte la population (pour elle, les deux périodes sont radicalement différentes).
Lorsqu’une personne est en présence d’une autre personne ayant la rubéole, il y a 3 possibilités : ou bien elle n’est pas contaminée, ou bien elle est contaminée et si elle est contaminée, elle peut ou bien faire une maladie apparente avec éruption ou bien n’avoir pas de signes cliniques et notamment pas d’éruption. Pour celui qui fera une maladie apparente, la rencontre avec le malade contaminateur marque le début de l’incubation, mais comment qualifier cette rencontre pour celui chez lequel les signes de maladie ne seront pas apparents ?

Les maladies infectieuses sont rarement considérées de façon rationnelle et méthodique. Ou bien on en a très peur : isolements excessifs, quarantaine, vaccinations massives, ou bien on les ignore, ou on les brave (Jean-Pierre Raffarin face au SRAS en Chine).

Un abord rationnel et technique tient compte du degré de contagiosité de la probabilité de transmission dans telle ou telle circonstance.
L’abord émotionnel ne connaît que le tout ou rien.
L’abord rationnel a besoin de données précises, de concepts précis, d’un vocabulaire précis. L’abord émotionnel n’en a pas besoin.

Nous parlerons longtemps encore d’incubation sans bien savoir ce que cela recouvre.

jeudi 27 novembre 2014, par Jean-Pierre Lellouche

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