La R.G.P.P., vous n’y couperez pas !

La R.G.P.P. n’est pas la Rigolade Générale pour les Pauvres Paumés c’est la « Revue Générale des Politiques Publiques ». C’est moins rigolo et même carrément sinistre.

Ça a été mis en place par l’actuel gouvernement. C’est produit par un « Conseil de la Modernisation des politiques publiques » www.rgpp.modernisation.gouv.fr Sur le site de ce « Conseil » vous pouvez trouver un dossier sur « Les orientations sur les grandes politiques d’interventions économiques et sociales » :

http://www.modernisation.gouv.fr/fi....

Dans ce dossier vous trouverez trois pages sur l’assurance maladie, à côté des pages sur la politique familiale, le logement, l’emploi et la formation professionnelle…L’ensemble baigne dans une obsession rance : diminuer les dépenses collectives.

Pour l’assurance maladie ça commence, bien sûr, par l’affirmation que l’assurance maladie est « un des piliers de notre protection sociale », qu’il faut « garantir l’accès à tous à des soins de qualité ». Ça fait joli, et ça ne mange pas de pain.

Mais juste après, on nous explique qu’il faut changer parce que « L’assurance maladie est en déficit depuis plus de vingt ans ». Ce déficit est-il analysé ? Non. Ce déficit aurait-il un rapport avec un problème de recettes ? Pas un mot.. Le déficit, ici, est une fatalité.

Alors, quelles sont les « Orientations de la réforme ? »

1 – « Moderniser l’hôpital » en luttant contre les « rigidités », qui ne permettent pas la « meilleure valorisation des ressources humaines ».Le statut de la fonction publique hospitalière n’a qu’à bien se tenir.
2 – « Garantir l’accès aux soins ». « Les Etats généraux de l’organisation de la santé permettront de trouver des solutions ». Nous voilà rassurés.
3 – « Traiter les ALD ». Le remboursement « doit être questionné » « dans le cadre d’une réflexion sur le bouclier sanitaire (sic) ou dans le cadre d’un autre dispositif ». Utile rappel pour ceux qui croyaient que le « bouclier » était enterré…
4 – Une autre « répartition des charges entre solidarité et responsabilité ». C’est un vieux serpent de mer, on n’en saura pas plus.
5 – « La lutte contre la fraude et les abus ». Et là, c’est l’éclate. Alors que le mot « solidarité » figure trois fois dans le texte, que les mots « égalité » et « inégalités » n’y figurent pas, le mot « fraude » est présent 8 fois (plus deux fois pour « abus »). Car c’est là sans doute que gît le problème central de l’assurance maladie. Ces pauvres qui se font soigner ! Mais si le document est long sur les fraudes, rien sur le « non recours ». C’est à dire sur ceux qui ont des droits, mais ne les utilisent pas. Rappel : au moment de la mise en place de la CMU, on avait évalué le nombre de bénéficiaires à 6 millions. Il y en a 4,5 millions. Aucune étude n’a été menée pour savoir où était passé le 1,5 million manquant [1]

_ Enfin, 6 – Il faut s’attaquer au « financement de l’assurance maladie » en mettant en place des mécanismes de « stabilisation automatique ». Comme ça ne doit pas être des augmentations de recettes, ça doit vouloir dire de nouveaux « déremboursements », « forfaits », « franchises ». Sont évoquées, sans précision, des « taxes comportementales » (???) ou « environnementales » ( ???).

On aurait pu appeler ça les Ragougnasses Grossières d’un Pet Prétentieux ou les Relents Graisseux d’une Pensée Pauvre ? Non, ça s’intitule la Revue Générale des Politiques Publiques, et vous n’y échapperez pas. Désolé de vous avoir coupé l’appétit.


jeudi 31 janvier 2008, par Pierre Volovitch


[1Le ridicule ne tue plus, heureusement pour Eric Woerth, le ministre anti-fraude. Il part à l’assaut des fraudes, en particulier de celles sur la CMU, dans un article du Figaro du 22 janvier. Il veut que le droit à la CMU ne soit ouvert que pour 3 mois, que l’on puisse procéder aux vérifications adéquates . Il oublie que la très officielle Cour des Comptes chiffre le manque à gagner de la Sécurité Sociale à 3 milliards €, pour les seules exonérations de charges sociales consenties aux détenteurs de stock-options et actions gratuites (hors participation et intéressement des salariés), le tout au bénéfice de 100 000 privilégiés. Question : le coût de la CMU-C étant chiffré à 340 € par bénéficiaire, combien faut-il de fraudeurs à la CMU pour faire un trou de 3 milliards d’€ ? Réponse : 9 millions ! Et pour avoir 9 millions de fraudeurs à la CMU, il faut combien de bénéficiaires ?
Et l’on pourrait encore allonger la sauce en rappelant que le Conseil des Prélèvements obligatoires, partie de cette même Cour des comptes, chiffre la fraude des entreprises en matière de cotisations sociales à 2 milliards sur le contrôle comptable d’assiette, et 6 milliards pour le travail au noir…

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