Covid : et si on parlait santé ?

Marie Kayser
Médecin généraliste


Le 2 décembre 2020

Prendre soin de soi et des autres, oui mais encore faut-il en avoir les moyens et ne pas être infantilisé.e.s.

Nous ne pouvons accepter que nos dirigeants envisagent des mesures contraignantes pour isoler les personnes atteintes de la Covid 19, mesures à la fois liberticides et inefficaces alors qu’ils refusent de prendre celles qui diminueraient immédiatement les risques de contaminations :

-  des personnes de plus en plus nombreuses se retrouvent sans revenu suffisant pour répondre à leurs besoins fondamentaux et à ceux de leur famille et vivent dans des logements trop petits qui sont un facteur de risque de transmission du virus,
-  d’autres sont laissées à la rue sans aucune solution de relogement, pire elles sont chassées avec violence quand elles osent se montrer sur une place publique,
-  les conditions d’accès à l’Aide Médicale d’Etat sont de plus en plus restrictives et le reste à charge pénalise les personnes qui n’ont pas de couverture maladie complémentaire,
-  les salarié.e.s du privé atteints de la Covid 19 ne sont pas payé.e.s par l’Assurance maladie pendant les 3 premiers jours d’arrêt de travail,
-  des personnes porteuses du virus, sont incité.e.s par leurs directions à venir travailler parce que, suite aux restrictions budgétaires, EHPAD et hôpitaux manquent de personnel,
-  les conditions de travail dans les entreprises et les conditions de transport facilitent trop souvent les contaminations de celles et ceux qui ne peuvent pas télétravailler,
-  les mesures nécessaires à la diminution des particules fines dans l’environnement ne sont pas prises alors qu’il y a un lien entre pollution et atteinte par la Covid 19.

Sur le moyen et le long terme rien n’est envisagé non plus aujourd’hui pour lutter contre les causes des inégalités de santé : travail, logement, revenus, pollution...
Rien non plus pour cesser les destructions environnementales et pour diminuer les transports internationaux de marchandises et de personnes, reconnus comme facteurs déclenchants et aggravants de beaucoup de pandémies.
Nous ne pouvons accepter que des instances publiques se laissent tromper par des laboratoires pharmaceutiques comme Giléad qui a passé contrat avec la commission européenne pour le Remdésévir alors même que la firme connaissait les résultats cliniques négatifs d’un essai de l’OMS.
Nous ne pouvons accepter l’hypothèse, pour l’instant mise de côté, que la vaccination contre la Covid 19 soit rendue un jour obligatoire alors que l’efficacité et les effets de ces vaccins ne sont connus à ce jour connus qu’au travers des déclarations des firmes pharmaceutiques.
Nous ne pouvons accepter non plus que si la balance bénéfice-isque de ce vaccin s’avère positive, pour tout ou partie des populations, celui-ci soit réservé aux personnes et aux pays qui auront les moyens de se le payer.
Nous ne pouvons accepter d’être infantilisé.e.s comme nous le sommes actuellement.
Pour pouvoir agir au mieux nous avons besoin que soit clairement exposé ce qu’on sait de ce virus, de son traitement et de sa prévention mais aussi ce qu’on ne sait pas.


Le 20 novembre 2020

Zones de surmortalité et inégalités sociales

Pendant le premier semestre 2020, période de la première vague de Covid19, la carte des inégalités sociales coïncide avec celle des zones de surmortalité, selon une étude rapportée dans le journal Le monde du 4 novembre 2020.

La journaliste, Béatrice Jérôme, rapporte une étude universitaire menée par Guy Brugel, un professeur de géographie urbaine à l’université Paris-Nanterre.
Cette étude porte sur la métropole du Grand Paris (Paris, la Seine-Saint-Denis, Le Val de Marne, les Hauts de Seine et sept communes de l’Essonne et du Val d’Oise).

Les auteurs ont recensé les 26 000 décès, toutes causes confondues, survenus pendant le premier semestre 2020 sur le territoire des 131 communes, et les ont comparés à la moyenne des décès des deux premiers semestres 2018 et 2019.
L’ensemble de la métropole a connu une hausse de mortalité moyenne de 32 % (6 386 décès supplémentaires). C’est dans la moitié nord et dans le sud-est de la métropole que la mortalité a le plus progressé : En Seine Saint Denis, la hausse est en moyenne de 39 %, mais de 56 % à Saint Denis et de plus de 79 % à Stains. À l’inverse, la banlieue ouest et les arrondissements centraux et occidentaux connaissent une hausse de mortalité beaucoup plus basse, souvent inférieure à 25 % ou même 16 %.

Les zones les plus touchées au niveau surmortalité ont une double caractéristique : leurs habitants ont les niveaux de revenus les plus bas et les logements les plus exigus de la métropole : 1,1 pièce par habitant en Seine-Saint-Denis contre 1,7 et 1,6 dans le 7° et 16° arrondissement de Paris.
Si la surmortalité dans l’étude est liée à l’exiguïté de l’habitat, les auteurs soulignent que l’étude montre que « la ville dense n’est pas mortifère en soi » : « la Seine-Saint-Denis a une densité deux fois moindre mais est beaucoup plus affectée que la ville de Paris »« Le risque de la grande ville existe pour les précaires. Il n’existe pas pour ceux qui ont les moyens de respecter la distanciation sociale ».

La population est plus jeune dans les zones les plus touchées et ce sont majoritairement les personnes les plus âgées qui sont décédées. D’après les auteurs : « l’épidémie ne paraît pas avoir entraîné une mortalité particulière chez les “premiers de corvée” (logistique, services banals, personnels soignants) » qui ont pourtant maintenu leur activité « dans des conditions de transports collectifs et de travail souvent difficiles ».

Les chercheurs rappellent que « ce n’est pas parce que deux phénomènes ont la même répartition spatiale qu’ils sont liés » et qu’il serait nécessaire de croiser d’autres études.

Ils émettent cependant des suppositions : dans les quartiers défavorisés les chaînes de contagion pourraient passer par « les actifs qui rapportent le virus dans la cellule familiale et contaminent, dans des logements exigus, leurs aînés en raison d’une forte cohabitation », la difficulté d’accès aux soins dans des zones où les hôpitaux sont moins nombreux relativement au nombre d’habitants pourrait être aussi une explication.


Le 12 novembre 2020

Une exposition à long terme à la pollution de l’air pourrait être responsable de 15 % des décès dus à la Covid 19 dans le monde et de 19 % en Europe.

C’est la conclusion d’une étude parue fin octobre 2020 dans la revue Cardiovascular research  [1].

Les auteurs ont combiné les données épidémiologiques de décès liés à la Covid 19 collectés dans des études jusqu’à la troisième semaine de juin 2020 et les données sur l’exposition des populations aux particules fines PM 2,5.
Ces chiffres sont une estimation de la proportion de décès dus à la COVID-19 qui auraient pu être évités si la population avait été exposée à des niveaux inférieurs de pollution atmosphérique, sans émissions provenant de l’utilisation de combustibles fossiles et d’autres sources anthropiques, c’est-à-dire artificielles.

L’exposition à long terme à des niveaux élevés de particules fines est donc un co-facteur important qui influence la gravité de la maladie. Les particules fines PM 2,5 et le virus Sars-Cov-2 pénètrent tous les deux dans les poumons par le système bronchique avec des répercussions systémiques potentielles sur la santé par le biais de la circulation sanguine.
D’après les auteurs, pollution et Sars-Cov-2 pourraient agir par des mécanismes physiopathologiques semblables au niveau des lésions endothéliales et de la régulation de la fonction immunitaire.

En outre, il semble probable que les particules fines prolongent la durée de vie atmosphérique des virus favorisant ainsi leur transmission.

Le journaliste Stéphane Mandard qui rapporte cette étude dans Le Monde du mercredi 4 novembre 2020 [2] rappelle que, selon Santé Publique France, la pollution de l’air est responsable chaque année en France de 48 000 morts, chiffre revu à la hausse à 67 000 dans une étude publiée en mars par les professeurs Lelieveld et Munzel. Il souligne également que « la France a de nouveau été renvoyée devant la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) par la Commission, vendredi 30 octobre, pour avoir exposé les Parisiens et les Martiniquais à des niveaux de particules fines supérieurs aux normes légales depuis plus de douze ans. En octobre 2019, la CJUE avait condamné la France pour des dépassements répétés au dioxyde d’azote, un gaz toxique émis principalement par le trafic routier, dans une dizaine d’agglomérations ».

Il faut rappeler aussi qu’en mars 2020, au cours de la première vague de la Covid et en pleine période d’épandage, l’association Respire avait déposé un référé-liberté au Conseil d’État [3] demandant « des mesures contre la pollution de l’air d’origine agricole, qui contribue à l’aggravation de la pandémie de Covid-19 ». Pour appuyer sa demande elle faisait mention de plusieurs études : « en particulier d’une étude chinoise publiée le 20 novembre 2003 portant sur la pollution de l’air et la mortalité due au SRAS en République populaire de Chine, d’une étude américaine datée du 5 avril 2020 analysant les conséquences d’une exposition prolongée aux particules PM2,5 sur la gravité de l’épidémie de covid-19 aux États-Unis et d’une étude italienne réalisée en avril 2020 sous l’égide des universités de Bologne et de Bari ainsi que de la SIMA (Società Italiana di Medecina Ambientale) examinant le lien entre les dépassements répétés des seuils de pollution survenus en Lombardie entre le 10 et le 29 février 2020 et la gravité de l’épidémie de covid-19 dans cette région d’Italie à compter du 3 mars 2020 ».
Le conseil d’État avait rejeté cette demande de régulation accrue des épandages mais avait toutefois rappelé à l’administration « de faire preuve d’une vigilance particulière dans le contexte actuel d’état d’urgence sanitaire en veillant à ce que soient pris, au besoin préventivement en cas de menace avérée de franchissement des seuils, des mesures propres à éviter la survenue ou au moins à réduire la durée des épisodes de franchissement des seuils, notamment en limitant les pratiques agricoles polluantes... » [4]

Les auteurs de l’étude parue dans Cardiovascular Research lancent un appel clair aux politiciens : « Nos résultats suggèrent que la réduction de la pollution atmosphérique peut apporter des avantages significatifs même à des niveaux de PM2,5 relativement bas... L’une des leçons que nous avons tirées de la pandémie COVID-19 du point de vue de l’environnement est qu’il faut accélérer la recherche de politiques efficaces pour réduire les émissions anthropiques, qui sont à l’origine à la fois de la pollution atmosphérique et du changement climatique. La pandémie se terminera par la vaccination de la population ou par « l’immunité de troupeau » par une infection étendue de la population. Toutefois, il n’existe aucun vaccin contre la mauvaise qualité de l’air et le changement climatique. Le remède consiste à réduire les émissions. La transition vers une économie verte avec des sources d’énergie propres et renouvelables favorisera la santé environnementale et publique au niveau local en améliorant la qualité de l’air et au niveau mondial en limitant le changement climatique ».


samedi 5 décembre 2020, par Marie Kayser

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