Anorexie

J’ai posé au journal Ouest-France une question sur l’opportunité de continuer à nommer anorexie ce qui n’est pas, ou en tout cas pas seulement, et pas principalement une perte d’appétit. (Cf. ci-dessous mon courrier au journal)

J’aimerai y ajouter d’autres questions portant sur l’étymologie du mot anorexie et de son synonyme abiorexie.

Le dictionnaire Garnier Delamare 1970 dit que anorexie vient de a privatif et de orexie appétit. Mais le dictionnaire historique de la langue française 1998 n’est pas aussi clair et direct : Anorexie viendrait de anorektos « sans désir sans appétit » de an privatif et de orektos « tendu « adjectif verbal de oregein « tendre ». Le verbe oregein est à rapprocher du latin regere (diriger en ligne droite [régir])

Dans ce même Garnier Delamare 1970 : abiorexie (a privatif ; bio vie ; orexie appétit) est défini ainsi : Terme proposé par H P Klotz 1955 pour désigner l’anorexie mentale, la perte des appétits vitaux étant le symptôme essentiel de cette maladie.

Je ne crois pas que ce terme abiorexie ait rencontré beaucoup de succès. Mais comment a-t-on pu proposer un terme suggérant l’absence de vie ?

Dans votre journal (Ouest France du 28 octobre 2014) vous parlez de l’anorexie et de la boulimie d’une façon intéressante et décrivant bien les lignes de force de ces affections.
Le docteur Patrick Genvresse dit brièvement des points essentiels et il dit notamment à propos de l’anorexie mentale « il ne s’agit nullement d’une perte de l’appétit mais plutôt d’une restriction alimentaire active ». Il a raison sur ce point et il a raison aussi sur les autres aspects de la maladie. Mais il y a un paradoxe ou une contradiction à appeler anorexie une maladie qui ne comporte pas de perte d’appétit.
Jusqu’aux années 50 et peut-être bien plus tard, des personnes présentant ce que l’on appelait et que l’on appelle toujours une « anorexie mentale » ont été traitées avec une grande violence (isolement, coercition, discours dépréciateurs et méprisants) par des médecins qui ne comprenaient pas grand-chose à ce qui était vraiment en jeu.

Des progrès considérables ont été réalisés et personne aujourd’hui ne considère l’anorexie comme une simple perte d’appétit.

Doit-on conserver une appellation née dans une époque d’ignorance et de non-dialogue si on veut chercher à mieux comprendre et à mieux traiter cette maladie ?

Et si on veut le faire avec la participation active des personnes malades et de leurs familles. Il serait étrange si l’on pense avoir affaire à un phénomène complexe nécessitant un dialogue prolongé et approfondi de lui attribuer un nom inexact et que l’on sait être inexact et trompeur

mardi 11 novembre 2014, par Jean-Pierre Lellouche

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