Lu : Pour une médecine sociale *

Après le regard de Lionel Leroy Cagnard (à lire ici) voici celui de Pierre Volovitch à propos du livre de Didier Ménard : Pour une médecine sociale *

Didier a commencé des études de médecine, et puis il a laissé tomber. En 1976 « dans un escalier de ma cité » il rencontre la mère d’un ancien camarade. Elle lui demande comment vont les études. Il explique qu’il a arrêté : « alors il n’y aura jamais de médecin de chez nous, des cités, pour nous soigner ! ». La remarque fait mouche ! Didier retourne sur les bancs de la fac de médecine.
« C’est un adolescent qui vient, avec sa mère, un matin pour une douleur testiculaire ». Urgence chirurgicale ! Le généraliste prend directement, en présence de la maman, rendez-vous avec le chirurgien de l’hôpital. Il part faire des visites. Retour. Message du chirurgien qui attend toujours l’enfant ! Pourquoi ? La mère n’a pas compris ? La mère a très bien compris mais elle élève seule 3 enfants. Elle est allée chercher les petits à l’école, les a fait manger, les a reconduits à l’école. Soigner les gens ce n’est pas seulement faire un bon diagnostic. C’est aussi prendre en compte, et donc chercher à connaître la situation sociale de la personne, et de son entourage.
Le docteur Ménard exerce dans une Cité de St Denis. Dans la cité les origines géographiques, et les langues, sont diverses, les situations sociales complexes, les rapports au « savoir médical » médiatisés par des pratiques culturelles souvent prégnantes. Soigner les gens ce n’est pas seulement faire une belle ordonnance. C’est aussi donner à la personne les moyens de comprendre et d’apprivoiser cette ordonnance pleine de mots et de règles inconnues. Le cabinet médical de la Cité met en place un réseau de « médiatrices ». Ces femmes de la cité, formées par les médecins, accompagnent l’ordonnance.
Voilà. Pour ceux qui se posent la (bonne) question : « Peut-on faire changer les choses ? », ce livre apporte, à partir de l’expérience collective vécue par l’auteur et ses collègues, une réponse positive. Rien n’est simple. Entre les contraintes nées de la multitude des situations sociales des habitants de la cité et les contraintes liées aux fonctionnements des diverses administrations qui vont pouvoir aider, ou être des obstacles, il va falloir « courir dans deux couloirs ». Et ce n’est pas toujours confortable. Mais la réalité oblige chacun à bouger : la municipalité et le département parce qu’il y a des questions de santé à résoudre, le ministère parce qu’il y a le Sida, puis le Coronavirus, les syndicats de médecins libéraux parce que l’exercice solitaire montre chaque jour ses limites... Rien n’est facile. Beaucoup de questions sont justes abordées. Mais au total on sort de ce récit plutôt en meilleure forme...


* Didier Ménard, Pour une médecine sociale, Ed. Anne Carrière, octobre 2020.


mercredi 15 février 2023, par Pierre Volovitch

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