La guerre des pilules

Qui a le droit de prescrire la pilule ?

L’ordre des médecins ne supporte pas l’annonce de l’autorisation de prescription des pilules par les infirmiers ou le renouvellement sans nouvelle ordonnance par le pharmacien.

L’Association Nationale des Centres d’IVG et de Contraception réplique dans un article paru dans le Monde le 12 juin dernier

La guerre des pilules (Le Monde 12 juin 2010)

Le Monde.fr
La guerre de la pilule sans ordonnance
LE MONDE | 11.06.10 | 15h20 • Mis à jour le 11.06.10 | 15h20
La pilule ne passe pas. Pas sans prescription médicale. Renouveler sa pilule contraceptive sans passer par un médecin est devenu possible depuis la parution d’un arrêté au Journal officiel le 1er juin. Depuis, les défenseurs de cet accès facilité à la contraception et l’ordre des médecins se font la guerre.
Le texte autorise les infirmiers à renouveler une fois et pour six mois maximum une ordonnance de médecin datant de moins d’un an. Les pharmaciens, eux, peuvent délivrer leur contraceptif habituel aux clientes leur présentant une ordonnance dont la durée, de moins d’un an, est expirée. Deux solutions qui évitent aux femmes de repasser chez le généraliste ou le gynécologue tous les six mois. Une évolution qui, du même coup, pourrait réduire le recours à l’IVG, et même les dépenses de santé.
Au Conseil national de l’ordre des médecins, on estime que l’absence d’auscultation régulière fait courir un risque aux femmes. Sitôt la parution de l’arrêté, ses membres ont été invités à apposer la mention "non renouvelable" sur les ordonnances, quand ils le jugent nécessaire.
De leur côté, c’est "la position rétrograde" de l’ordre que réprouvent certains praticiens, dans un texte cosigné par l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception, le Planning familial ou encore le Collège des gynécologues médicaux du Nord. "Sa réaction est exagérée. Le risque d’une rupture de contraception, et donc d’une grossesse accidentelle, est plus important que celui que peut faire courir un renouvellement temporaire", estime le docteur Philippe Lefebvre, président de l’association régionale des centres d’orthogénie du Nord-Pas-de-Calais. Pour lui, la contraception orale peut certes constituer un danger, en cas de contre-indication, mais celui-ci est détecté à la première prescription, qui, elle, relève toujours du médecin.
"Une démographie médicale en baisse, une accessibilité difficile à des consultations de gynécologie, dans un contexte économique et social défavorable, justifient amplement cette mesure", écrivent les associations. Elles rappellent en outre que cette évolution, déjà à l’oeuvre ailleurs, ne fait ou’"autoriser une pratique de dépannage" déjà en cours dans les pharmacies.
Le Conseil de l’ordre aurait préféré que l’exception ne devienne pas la règle, mais récuse toute démarche intéressée. "Il s’agit d’une question de santé, pas de corporatisme", plaide André Deseur, l’un de ses responsables, qui rappelle que si le coût pose problème, il est possible de consulter les sages-femmes des hôpitaux au lieu des médecins libéraux. Rien ne dit qu’un tel argument convaincra ses détracteurs.

Laetitia Clavreul
Article paru dans l’édition du 12.06.10

en réaction à l’article :
Nouvelles modalités de délivrance des contraceptifs oraux : recommandations du Conseil National de l’Ordre des Médecins aux médecins

01/06/2010
Le Journal officiel a publié ce mardi 1er juin 2010 un arrêté fixant la liste des médicaments contraceptifs oraux dont un infirmier est désormais autorisé à renouveler la prescription et qu’un pharmacien peut désormais dispenser sur la base d’une ordonnance dont la durée est expirée.
La loi du 21 juillet 2009 (HPST) a en effet ouvert la possibilité à un infirmier de renouveler les prescriptions, datant de moins d’un an, de médicaments contraceptifs oraux pour une durée maximum de 6 mois non renouvelable.
Elle a, par ailleurs ouvert la possibilité pour un pharmacien de dispenser des médicaments contraceptifs oraux lorsque la durée de validité d’une ordonnance datant de moins d’un an est expirée.
Lors de la discussion de ces textes de loi, le Conseil national avait demandé la suppression de ces dispositions susceptibles de faire courir des risques aux patientes et d’entraîner une prise en charge dégradée des femmes dès lors que celles-ci pouvaient ne plus voir la nécessité de se rendre chez le médecin ou chez la sage-femme.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins, consulté sur le projet d’arrêté, a donc maintenu les réserves déjà exprimées.
Il s’est, par ailleurs, inquiété de ce que la liste de médicaments fixée comprend tous les contraceptifs oraux, y compris ceux qui ont des indications très particulières qui nécessitent une prise en charge spécifique qui ne pourrait avoir lieu dans le cadre de ce dispositif.
Aussi, pour pallier les risques que le renouvellement d’une prescription de contraceptifs oraux, sans consultation clinique, pourrait faire courir aux femmes, le Conseil national invite-t-il les médecins prescripteurs à indiquer sur l’ordonnance, dès qu’ils l’estimeront nécessaire, la mention « non renouvelable ».

Courrier du CNOM (avis sur le projet d’arrêté)

mercredi 16 juin 2010

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