Grippe A : Fusillé pour l’exemple !

Philippe Coste, directeur de la Ddass de Paris, vient d’être remercié par Roselyne Bachelot. Son crime ? N’avoir pas eu la finesse de comprendre que la survie politique de sa patronne se jouait sur le succès de la farce donnée en ce moment dans les gymnases parisiens. "On" s’est officiellement ému, en Haut Lieu, de la pagaïe régnante. "On" a promis aux Parisiens qu’on allait voir ce que l’on allait voir. On a vu. C’était donc lui ou elle. Elle a choisi ! A la guerre comme à la guerre.

Déjà, à Verdun, les pioupious se faisaient massacrer au cours d’offensives concoctées par l’État-major, aussi stupides que sanglantes, et quand la troupe avait renâclé, on avait su prendre les moyens pour la faire rentrer dans le droit chemin. Bis repetitat donc, mais sur le mode du vaudeville. Philippe Coste n’aura pas été fusillé. On s’est civilisés depuis, heureusement…

Mais, tout de même, une telle pagaïe ? "On" a raison de s’en inquiéter, avec les médecins qui râlent à présent, c’est une assise électorale précieuse qui vacille, fin de la récréation, donc. Cependant, croire qu’un tel capharnaüm puisse être le fait d’un vulgaire pékin de la Ddass ? Impossible !

Et voilà, il suffisait d’y penser ! Ne cherchez plus, les militaires sont bel et bien en responsabilité dans cette affaire : rappelons en effet, pour ceux qui l’ignoreraient, que la France est officiellement passée, depuis le 30 avril, en phase 5a du plan national de prévention et de lutte « pandémie grippale » , qui correspond à une transmission interhumaine du virus grippal dans au moins deux pays non limitrophes d’un même continent. La conduite opérationnelle de la crise est désormais confiée au ministère de l’intérieur qui coordonne les mesures prévues par le plan national de lutte contre une pandémie grippale par le biais de la cellule interministérielle de crise (CIC) dont le ministère des Armées, par l’intermédiaire du Secrétaire général, Haut fonctionnaire de défense, est partie prenante.

Alors, les souvenirs refont surface : Clemenceau, en pleine guerre 14-18, justement :"La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires" !... Mitterrand, à Beyrouth, constatant, impuissant, les dégâts causés par l’attentat du Drakkar : les paras ensevelis sous les décombres d’un immeuble de 8 étages que l’Etat-major leur avait assigné pour logement, à la place de casemates enterrées…

Nous, à Pratiques, n’avons heureusement pas la prétention d’être des stratèges militaires. C’est donc un conseil désintéressé que nous nous permettons de donner respectueusement ici, avant que l’heure soit venue de rendre des comptes (au fait, en est-on toujours à l’estimation de 1.5 milliard d’euros pour la représentation - trois fois le déficit cumulé de l’ensemble des hôpitaux publics -, ou le billet d’entrée a-t-il déjà augmenté ? Sans compter l’oseltamivir [Tamiflu et autres], dont un fonctionnaire zélé vient de surcharger l’addition…).

Ce conseil, le voici : M. le Président, votre Ministre de la Santé a fort justement déclaré, à-propos du limogeage de son subordonné : "« Il y a des fonctions stratégiques qui sont visiblement plus adaptées aux qualités d’un grand serviteur de l’Etat. Philippe Coste a toute mon estime : on est adapté ou pas adapté à un poste, c’est tout ». C’était parler d’or. Le palette est vaste où s’appliquerait la formule, vous qui prisez tant la "culture du résultat" : les hauts gradés du CIC ? le Ministre des Armées, le Ministre de l’Intérieur, la Ministre de la Santé, elle-même ? Vous n’avez que l’embarras du choix Et à la prochaine pandémie, entourez-vous plutôt de simples pioupious, des médecins généralistes, des infirmières, par exemple, choisis de préférence en dehors du corps de professeurs abreuvés des largesses de labos pas toujours aussi désintéressés qu’ils se figurent nous en avoir persuadé.

Votre serviteur, la revue Pratiques

vendredi 18 décembre 2009, par Lucien Farhi

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