Qui s’aperçoit maintenant quand les gens sont malades ?

Pardon, il y a erreur : la formule était plutôt : « Qui s’aperçoit maintenant quand il y a une grève ? »

Vous voyez le rapport ? Dire l’un, dire l’autre, au fond, quelle importance, ne sont-ils pas, quelque part, tous coupables, malades ou grévistes ?

C’est contre cette culpabilisation que nous avons mobilisé, autour de notre pétition : « Un arrêt de travail pour Sarko et son gouvernement ! » Le résultat est là : 12 000 visites en quelques jours sur notre site, plus de 2200 signatures actuellement et le flux continue, modestement tous les jours, mais sans arrêt, en dépit de l’absence de toute présence médiatique. Mais les chiffres, dans leur sécheresse, ne sont pas tout : derrière eux, la souffrance, lancinante, palpable :

« Je suis ingénieur à… en arrêt maladie suite à une situation stressante au travail. Un collègue est mort de crise cardiaque dans mon département.
Une enquête sur le stress suite à une injonction de la direction du travail, a démontré que 30 % de salariés à … étaient en état d’HYPER STRESS dont 80 % dans mon service.
Sarko est en train de nous tuer à petit feu.
 »

Ou, un autre :
« Refus personnel d’accepter un nouvel arrêt de travail (dépression grave) prescrit par mon médecin traitant : à quoi bon ? pour accumuler un nouveau problème ? »

Un troisième :
« A la retraite depuis août 2007, il m’est impossible de me payer une mutuelle sans mettre en danger mon budget… »

Certains, plus remontés, ont signé, en déplorant l’usage du « deuxième degré » dans notre expression :
« …ce gouvernement ne mérite aucun arrêt de travail compte tenu du mal qu’il a fait aux salariés de ce pays. Les termes ou expressions "réparateur", "ont droit", "dévouement" "au service de," même s’ils sont censés être compris au deuxième degré, resteront néanmoins au travers de la gorge de beaucoup d’entre nous. C’est malgré tout faire preuve de beaucoup de déférence envers des personnes dont les actes vont se traduire par la dégradation importante de la santé de nombreux salariés. »

D’autres enfin, ont apprécié. Ainsi, un médecin : « Bonjour j’ai signé ; mais combien de temps l’arrêt de travail ? L’idéal serait quatre ans, oui, mais cela va coûter cher aux assurés. Avec une épouse si charmante et nos bons soins réunis, dans six mois il est peut être guéri, non ? »

Trêve de plaisanteries. Le ton des premiers extraits en témoigne, il n’y a pas de quoi rire face à la destruction programmée de ces existences. Combien faudra-t-il de dépressions, de désespoirs, de ruines, de suicides pour faire entendre raison aux démolisseurs ?

Faisons néanmoins passer un message d’espoir. Le gouvernement a récemment reculé sur les ALD (Affections Longue Durée) qu’il voulait pénaliser. De leur côté, les territoires se rebellent contre le démantèlement des hôpitaux de proximité. Nombre de médecins, enfin, n’acceptent pas de se voir évalués à l’aune des « bénéfices » réalisés par leurs structures de soins. Modestement, à sa place, chacun apporte sa pierre à l’édifice non seulement d’une résistance mais, mieux, d’une reconstruction de solidarités nouvelles. Les dernières enquêtes d’opinion le montrent : l’attachement des Français à leurs services publics, loin de se démentir, progresse aujourd’hui.

Que personne ne baisse les bras ! Nous sommes encore nombreux à croire à la force de la solidarité et de l’action collective !

lundi 21 juillet 2008, par Lucien Farhi

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