Dans la prescription du Mediator® : les médecins coupables ou victimes ?

C’est un principe vieux comme le monde : quand tu es coupable, accuse un autre pour te décharger de ta culpabilité. C’est ce que fait le laboratoire pharmaceutique Servier. Il tente de se dégager de sa responsabilité dans la mise sur le marché d’un produit dangereux dont il a, sans vergogne, fait la promotion, en accusant les médecins d’avoir prescrit ce médicament… En ce temps là, l’information sur le médicament, était essentiellement faite par les visiteurs médicaux des laboratoires pharmaceutiques. Information qui tenait plus de la publicité que de l’information médicale. La demande de la population étant forte pour des solutions médicales autres que le mieux manger et le mieux bouger, il était logique, le mythe du médicament aidant, de multiplier les prescriptions. Tout compte fait, ce qui est arrivé obéit à un système qui est fait pour prescrire sans esprit critique.

Esprit critique ! C’est un des aspects du problème qui est posé.
On peut certes reprocher aux médecins de ne pas avoir lu Pratiques en 1977. La revue expliquait que le Médiator® était un anoréxigène comme le Pondéral®. On peut aussi regretter qu’ils n’aient pas lu Prescrire, qui annonçait la catastrophe dans les années 90. On peut regretter la crédulité d’une grande partie des médecins devant le discours des laboratoires. On peut défendre les médecins en reprochant aux institutions publiques qui s’occupent de la mise sur le marché des médicaments de ne pas avoir fait leur travail, car trop soumises à l’influence de l’industrie pharmaceutique. Mais l’esprit critique, quand il s’agit d’information médicale, reste de la responsabilité des médecins. De plus, il ne faut pas oublier que tous les médecins ne font pas le même métier. Ceux qui se sont spécialisés dans le traitement de l’obésité ont développé des pratiques médicales où la frontière entre la médecine et la cosmétique est ténue. La prescription médicamenteuse est parfois une réponse facile à la demande, avec les conséquences que l’on connait aujourd’hui.

S’il faut dénoncer la manœuvre du laboratoire Servier qui veut échapper à sa responsabilité en entraînant les médecins dans sa galère, il faut quand même appeler les médecins à plus de sens de leurs propres responsabilités. Et pour commencer, il ne faudrait plus recevoir les visiteurs médicaux, agents publicitaires de l’industrie pharmaceutique qui, ne l’oublions pas, privilégie d’abord le rendement de ses actions, plutôt que la santé publique.

mardi 10 mai 2011, par Didier Ménard

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