Le bout du nez, les lèvres et le partage du savoir

La vie souterraine d’un article

Avant d’être publié dans le prochain Pratiques (n° 68), cet article a été lu par le Comité de Rédaction dont certains membres ont fait des commentaires.

Il y a quelque chose que j’aime bien faire et raconter pour aider à l’autonomie des femmes enceintes. C’est de leur montrer leur col, comme au bon vieux temps du Mouvement pour la Libération de la Contraception et de l’Avortement avec un miroir, et de leur proposer de toucher leur bout du nez avec leur index.
« C’est la consistance du col en temps normal et au début de la grossesse. Le petit creux qu’on sent entre les deux cartilages du nez ressemble tout à fait au creux de l’orifice du col, quand on fait un examen gynécologique. Maintenant, descendez votre index sur les lèvres. Ce sera la consistance très souple de votre col en fin de grossesse. »

Je trouve cette information très précieuse à partager. D’abord, par le concret de la sensation kinesthésique, cela aide la future mère à moins appréhender le phénomène de la dilatation et de l’accouchement. Et puis, si arrive une situation de menace d’accouchement prématuré, la femme saura mieux pourquoi et comment être prudente.
Je ne sais plus qui m’a appris autrefois cette comparaison : la fac ? Cela m’étonnerait. La maternité des Lilas qui est un haut lieu de la naissance sans violence et où j’ai accouché ? Les réseaux militants ? Mes groupes de Formation Médicale Continue ?
Mais en tout cas, quand le partage du savoir est fondé sur la vraie vie, c’est très plaisant.

De : Martine Lalande
Envoyé : dimanche 2 novembre 2014 19 h 31

Très joli !
C’est aussi très utile à expliquer aux étudiants qui sont terrorisés à l’idée d’examiner une femme enceinte et de ne pas savoir si ce qu’ils sentent est la consistance normale du col mais je les encourage surtout à le faire très délicatement, car toucher le col d’une femme enceinte en fin de grossesse peut être douloureux et déclencher des contractions.
Merci

De : Anne-Marie Pabois
Envoyé : lundi 3 novembre 2014 22 h 06

Bien, Élisabeth,
Pour moi,c’était les réseaux militants.

De : Claire Gardyn
Envoyé : lundi 3 novembre 2014 23 h 20

Merci pour cet article
Je ne connaissais pas ce truc.
J’ai remarqué que, à l’époque de la médecine machiste d’autrefois, souvent les gynécologues ou les sexologues notamment dans les consultations pour stérilité, utilisaient un langage très imagé, des phrases comme : vous décapuchonnez le clitoris…
Peut être pour se donner une contenance.
J’ai souvent été surprise de l’incompréhension générée chez certaines personnes. Par exemple, suite à une séance d’applications de bougies de la plus petite à la plus grande chez une patiente présentant un vaginisme. La patiente, en sortant dans le couloir de la consultation, était persuadée que c’était le gynécologue qui l’avait pénétrée.
En tout cas cet article est très intéressant

De : Élodie
Envoyé : mardi 4 novembre 2014 09 h 35

Bonjour Élisabeth,
Perso, j ai 33 ans, fini mon internat y a 5 ans, et je l’ai appris pendant ma formation initiale, c’était noté sur le bouquin de gynéco de préparation a l’internat qui était utilisé a Montpellier, et plusieurs praticiens me l’ont ressorti dans la vraie vie en stage.
Je crois que c’est une comparaison classique pour ceux de ma génération mais quant à savoir qui a, pour la première fois, évoqué cette comparaison, je l’ignore…
Amicalement,
Élodie

de : Martine Lalande
Envoyé : mardi 4 novembre 2014 12 h 15
Est-ce que l’époque de la gynécologie machiste est terminée ?
Je l’espère, car le diagnostic de "vaginisme" ne devrait pas exister, ce dont on parle c’est de problèmes pour faire l’amour, en particulier pour accepter la pénétration lors de l’acte sexuel, même avec beaucoup de désir. Lui donner ce nom de "vaginisme" est un abus de pouvoir et le reflet du mépris des gynécologues, qui réduisent ce problème à une question anatomique. Le fait de vouloir le traiter par des méthodes instrumentales "chirurgicales" (la fonction que je connais de ces bougies est la dilatation du col de l’utérus, qui, lui, est naturellement fermé bien que dilatable, pour les avortements ou d’autres interventions à l’intérieur de l’utérus) reflète la totale incompréhension des causes psychologiques de ce problème. La plupart des gynécologues utilisant des bougies (longues tiges de taille croissante) en métal – alors que pour les IVG nous en utilisons en gomme, beaucoup plus souples –, il n’est pas étonnant que les femmes se sentent pénétrées, voire violées par ces manipulations.
C’est non seulement d’un autre âge mais d’une grande violence.
Cela me consterne et me révolte.

De : Mireille Brouillet
Envoyé : mercredi 5 novembre 2014 22 h 29

Réponse d’une autre ancienne.
J’ai depuis longtemps employé la comparaison de la consistance du col de l’utérus avec celle du nez…
Pour moi, l’origine, c’est le début des poses de stérilet et les explications données aux femmes avec possibilité de repérer elles-mêmes leur col, éventuellement montré au miroir, et de surveiller la présence du fil, pour se rassurer sur sa présence et aussi sur le ressenti du partenaire, ceci ouvrait beaucoup de questions sur l’anatomie, les sensations, et créait un lien de confiance très solide, c’était encouragé et peut-être initié par les écrits féministes des années 75. Notamment, la diffusion d’un ouvrage collectif : Notre corps nous-même.
Pour la petite histoire, avec mon associée, nous en avions mis un dans la salle d’attente, en 1980 : il a disparu 3 fois avant qu’on renonce et que nous prêtions nominalement notre dernier exemplaire ! Disparu lui aussi.
Je pense que sans ces écrits et les travaux de réflexions du MLAC, je n’aurais pas eu si vite, à mes débuts, l’aisance et les mots justes pour informer les femmes et surtout bénéficier du retour de leurs réactions. Ces retours m’ont formée et entretenue dans la curiosité, la recherche du mot et du geste juste, adapté a chacun, ça a donné valeur à ce que je ressentais douloureusement : le grand écart entre les cours, les pratiques hospitalières, et la vraie vie des consultantes et du médecin ! quel moteur !
Voila quelques réflexions ouvertes par ta question.

Autre réflexion à propos de col et d’autonomie, elle n’est pas toujours ou l’on croit.
Je me souviens de mon étonnement et de ma déception, lorsqu’un jeune gynéco, au demeurant sympathique et soucieux de l’autonomie des femmes, a répondu à ma demande de rendez-vous pour retirer mon stérilet : Mais tu peux le faire toute seule ! Certes, mais c’est bien aussi parfois d’être objet d’attention et d’assistance, même pour des choses qu’on sait faire.

De : Jean-Pierre Lellouche
Envoyé : mardi 6 novembre 2014 15 h 21
Chère Élisabeth
Ton texte est beau intéressant. Il est juste et fondamental ce qui pour moi n’est pas rien.
Mais je ne serais pas moi (c’est-à-dire JPL) si je n’y ajoutai pas quelques réserves.
1) Tu parles du bon vieux temps du Mouvement pour la Libération de la Contraception et de l’Avortement.
J’ai connu ce temps et j’ai même milité au MLAC mais il s’agissait du MLAC c’est-à-dire non pas Contraception ET Avortement mais Avortement ET Contraception. Je suis prêt à parler avec toi de cet ordre des mots mais pour moi il n’est pas anodin que le A vienne avant le C. C’était vrai dans le sigle ; c’était vrai aussi dans la pratique.
2) Lorsque tu écris "D’abord, par le concret de la sensation kinesthésique, cela aide la future mère à moins appréhender le phénomène de la dilatation et de l’accouchement" tu parles là comme tous les médecins en confondant le but que tu vises. et le résultat obtenu.
Tu as envie que cela "aide la future mère à moins appréhender le phénomène de la dilatation", tu as raison et je suis persuadé que cela aide SOUVENT ou TRÈS SOUVENT. Et donc ton désir est légitime et ta pratique est elle aussi légitime. Mais je ne pense pas que ce que tu écris ne laisse aucun espace possible au doute, à l’imperfection, aux dérapages.
Il me semble très souhaitable que les médecins soient humains, inventifs, en recherche de dialogue et je crois que ton texte témoigne magnifiquement de ces dimensions-là. Mais je crois que les médecins doivent aussi être capables d’humilité. Être capables d’imaginer que leur désir, leur intelligence, leur gentillesse puissent ne pas conduire à un résultat parfait et constamment parfait.

De : Mireille Brouillet
Envoyé : 10 nov. 2 014 à 12 h 45

Tout cela illustre bien la différence entre ce que vit la personne objet de soin et celui qui pratique le geste, ça montre ce que nous ne pouvons pas imaginer de la place de soignant, et aussi l’importance de laisser un temps d’explication en montrant les instruments avant le geste puis un temps de recueil des sensations "comment ça c’est passé pour vous", sachant que même avec cette attitude "idéale", la personne fait, bien sur, ses liens a elle. Nous retrouvons ces vécus traumatisants en recueillant "l histoire du patient" lorsque des douleurs chroniques le conduisent des années après, à consulter en algologie ou en sexologie, adressé après des années d’errance de service en service.
On retrouve des gestes intrusifs dans la rééducations du périnée avec sonde endo vaginale après accouchement ou beaucoup plus tard, je trouve ses pratiques excessives, trop banalisées, voire dangereuses selon qui les pratique.
Un autre sujet ?

À propos de geste intrusif, une autre petite histoire.
Je me souviens d’un petit garçon, pleurant dans la salle d’attente et ne voulant pas rentrer dans le cabinet de consultation, sa grand mère me confie un peu gênée, il a peur que vous lui mettiez le couteau dans la gorge ! j’ai abandonné les abaisses langue ce jour la, pour lui, et le plus souvent possible ! je me suis aussi entrainée moi même, devant une glace, à découvrir mes amygdales pour pouvoir préciser les sons et les grimaces a faire par les enfants, pour montrer leur gorge, en jouant.

De : Jean-Eudes Denis
Envoyé : mardi 12 novembre 2014 23 h 21
Martine, je ne sais pas si la gynéco machiste est révolue en France mais chez les juges au Portugal, il en reste des séquelles. En témoigne l’article trouvé sur le site féministe Terrafemina :
Quelle vision a la justice sur la femme et son droit à la jouissance ? Peut-elle décider des âges adultes auxquels il est souhaitable ou non d’avoir des rapports sexuels ? Pense-t-on encore au XXIe siècle que la femme n’est rien d’autre qu’une génitrice ? Les questions se posent après une très contestable décision récemment rendue au Portugal, méritant la vigilance de toutes les femmes.
Lire la suite sur le site Terrafemina

Ce qui est étonnant c’est que cette info est parue au Portugal, ce qui est plutôt normal, dans les médias anglo-saxons (NY Times) et en France ?
Ben... juste un site féministe !

lundi 17 novembre 2014, par Elisabeth Maurel-Arrighi

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