Dagobert II

Vous savez, j’ai des utopies, des espérances, des amours futiles et par-dessus tout téléphoniques. J’ai des capacités manuelles et intellectuelles un vrai casse-tête pour dénouer l’ambivalence et accéder à une porte, mais pas une échappatoire. J’ai eu trois phases cruciales dans ma vie, d’abord il y eu la phase scolaire, la phase manuelle, et la phase de la méditation et de la réflexion synthétiques. Mais comment sortir de ce capharnaüm ? [...] La conclusion pessimiste que je me suis faite était similaire à la conclusion optimiste dont toutes les issues étaient ouvertes mais amenaient à pire. Donc agir serait erroné dans cette tanière dont les seules sorties seraient en fait les entrées de l’enfer [...] Moi je ne suis que le vilain petit canard qui a aujourd’hui cicatrisé ses meurtrissures du passé et qui a envie d’envisager de passer à autre chose. Quelque chose de lucratif en essayant de m’insérer dans le monde du spectacle. L’ingratitude, la malignité des employeurs m’a lassé, l’entourage professionnel qui a fini dans le déni de sa situation m’a blessé, souillé, trituré. Je ne peux pas retourner dans ce goulag où la xénophobie et la petitesse d’esprit sont omniprésentes. Il y a un manque de maturité stupéfiant, pour moi c’est éloquent. Je n’appartiens pas à ce monde. Ces éclopés, esclaves du système reproduisent sournoisement au nouveau venu l’attaque psychologique qu’ils ont subie. Alors au fur et à mesure j’ai mis en place ma propre contre-attaque. Un soulèvement de colère, un orage électrique et attractif suffirait à faire peur...
Il ne faut pas me prendre pour un spationaute venu s’aventurer dans un nouvel univers. Cet univers j’ai vraiment commencé à le connaître à partir du primaire je crois. Là où commence une vie sociale. Les chimères arrivent à n’importe quel individu pendant que l’on se construit et a contrario quand on se détruit. Et pourquoi nous ne permettrions pas quelques rêves pour raffermir nos espoirs par des alléluias et nous raccorder aux fibres de la joie. Les abysses du bonheur et de l’amour du prochain panacheront ensemble pour se métamorphoser en une oasis cosmopolite et substantielle. Où l’on pourra s’abreuver abondamment jusqu’au racornissement de la matière précieuse, et ensuite nous renouvellerons ça. [...] Le côté sombre de cette période creuse m’expose au vertige. Poursuivi par un danger tremblant je crie des appels au secours d’une voix grave et vibrante en espérant qu’une cohorte de mouettes vienne souffler de leurs ailes les voiles pour les mettre dans la bonne direction, et mes moi et moi serons sauvés.


Pratiques N°67, octobre 2014

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