Pratiques, les cahiers de la médecine utopique

Les derniers billets de Journal d’un psychiatre de secteur

11 juin 2015

Fin

25 janvier 2014

Notes de lecture

8 mai 2013

Pas si fous. À voir !

3 décembre 2012

Hugo

26 novembre 2012

Allez ! une petite fantaisie.

8 octobre 2012

Mais qu’est-ce que la psychiatrie ? 1

1er octobre 2012

En 1789, il aurait risqué la décollation. (1er octobre 2012)

9 juillet 2012

...) (9 juillet 2012)

4 juin 2012

"Le vacanze non sono favorevole a lavorare"

20 mai 2012

Marigot

14 mai 2012

Le vacillement du monde ? (14 mai 2012)

7 mai 2012

La prison (7 mai 2012)

1er mai 2012

1er mai 2012 : soins psychiatriques sans consentement 1 (1, parce que là aussi, il y aura sans doute à y revenir)

23 avril 2012

psychiatrie de liaison 1

22 avril 2012

Dimanche 22 avril 2012, premier tour de l’élection présidentielle

14 avril 2012

Lundi 9 avril 2012

2 avril 2012

Aujourd’hui, 2 avril 2012, c’est la journée mondiale de l’autisme.

psychiatrie de liaison 1

par Bogaert - lundi 23 avril 2012

(1, car c’est surement un bout par lequel on peut saisir la question que je tente d’attraper au moyen de ce journal, on y reviendra donc sans doute) (avril 2012)

C’est une drôle de chose, cet aspect du travail de secteur, qui consiste à donner un « avis psychiatrique » pour des patients hospitalisés pour des soins somatiques. S’il y a parfois d’authentiques décompensations psychiatriques dans ce contexte de personnes ayant ou non des antécédents psychiatriques, le plus souvent il s’agit d’autre chose.

Par exemple, demande d’avis psychiatrique d’une collègue d’un centre hospitalier général disposant d’une « unité transversale d’alcoologie » pour un patient hospitalisé pour « dénutrition, pancréatite chronique alcoolique » : « Patient avec consommation alcool chronique, sevré apparemment depuis 2 mois. Prise en charge nutritionnelle avec régime limité à 1200 Kcal/jour. Refus du patient à faire ce régime, prend des aliments supplémentaires en cachette, n’accepte pas le pronostic et la prise en charge de ses pathologies. PEC ? Évaluation psy pour éventuellement un traitement. Merci. » La psychiatrie appelée en renfort pour convaincre une forte tête de se plier aux prescriptions médicales !

Il y a eu aussi cette demande d’un chirurgien de voir un homme âgé qui venait d’apprendre, quelques jours à peine après son admission dans le service, qu’il avait un cancer du colon. Le chirurgien lui indique dans la foulée de l’annonce de la nouvelle qu’il lui faudra passer un autre examen, que le patient refuse aussi sec. La demande était que je convainque cet homme qu’il fallait passer cet examen. J’ai refusé, en suggérant au chirurgien de laisser au patient une nuit qui, c’est bien connu, porte conseil, avant d’en rediscuter avec lui.

Ou ces demandes, plus souvent aux urgences, d’annoncer à une mère « fragile » la mort de son jeune fils dans un accident de moto.

Il y a aussi les demandes d’« avis psychiatrique » pour des patients qui entrent pour des pathologies somatiques mais sont dotés d’un traitement psychotrope : il s’agit de savoir pourquoi le patient prend ce traitement, s’il est encore justifié, voire lorsqu’il s’agit d’anti-dépresseurs s’il n’y a pas de risque de tentative de suicide, ou enfin de « faire le tour », c’est à dire profiter de l’hospitalisation pour faire la révision complète, et un beau dossier.

Pourquoi pas ? certes. Mais quelle est cette psychiatrie qui est utilisée pour se défausser de son humanité dans la relation du médecin avec le patient, ou comme un examen complémentaire pour l’esthétique du savoir porté aux nues ou pour « se couvrir » ?

En fait, ce pourrait être intéressant, pour le patient au premier chef, mais aussi pour les médecins, psychiatre compris, si après la consultation le médecin demandeur avait le temps d’écouter la construction que peut faire le psychiatre à partir de la demande du médecin et de l’affaire du patient. Mais c’est rarement le cas, on sent en général que le médecin demandeur, quand on a la chance de pouvoir le rencontrer après la consultation, n’attend qu’une « conduite à tenir » pratique et simple, plus qu’une réflexion partagée sur une aventure humaine. Alors je fais un compte-rendu, dactylographié pour qu’il soit lisible, répondant à la question de façon pédagogique, et précisant quel pourrait être l’apport de la psychiatrie dans l’histoire. Mais concrètement, c’est au moins une heure de travail, pour des affaires où greffer des soins psychiatriques est soit inutile, soit vain ou du luxe, dans un contexte général de manque de disponibilité pour soigner les malades mentaux.

C’est en fin de compte le problème de l’invocation de la santé mentale : en son nom, la dimension relationnelle de la pratique de la médecine -mais je crains qu’on ne puisse élargir cette assertion à la pratique de la vie en général- est rabattue sur les soignants de la psychiatrie. C’est vrai qu’il est difficile de dire où commence la maladie mentale, entre la normalité -qui n’existe pas- et la folie. C’est ce qui fait d’ailleurs les choux gras des laboratoires pharmaceutiques, qui proposent des traitement de la timidité (déjà, dans les années 1970, une publicité dans le Concours Médical vantait les mérites de l’Orap® pour traiter la timidité) et autres variations des comportements humains.

C’est vrai aussi que la relation à l’autre -le transfert, quoi- est de moins en moins au cœur de la pratique psychiatrique, faute de disponibilité, mais aussi de reconnaissance (université, autorités -haute, administratives, voire législatives-, collègues, philosophes, ...) et même de connaissance, voire de courage.


2 Messages de forum

  • psychiatrie de liaison 1 Le 14 février 2013 à 19:36 , par JHno

    Beaucoup d’interrogations autour de la notion de psychiatrie de liaison et peut-être pas encore suffisamment d’expériences relatées en la matière. Vos propos reflètent sans doute assez justement votre pratique mais n’est-elle pas relatée de manière un peu sombre ?

    Répondre à ce message

    • psychiatrie de liaison 1 Le 12 mai 2013 à 18:16 , par Éric Bogaert

      Je réponds tardivement au message de "JHno", qu’il veuille bien m’en excuser : je ne pensais vraiment pas recevoir de réactions. Ça fait un drôle d’effet, de publier des écrits, en l’espèce en amateur : on lance des morceaux d’expériences, de pensée, de soi au fond, comme ça dans le vide très peuplé du monde -ici du monde connecté à internet-, et il n’y a quasiment jamais de réactions ; alors après quelques textes, on se sent toujours aussi seul, et tout d’un coup, il y a quelqu’un d’autre...

      Pour revenir à votre message, j’avais déjà fait les mêmes expériences quelques années plus tôt dans un autre département d’une autre région. Certes il s’agit de ma pratique, mais j’entends le même genre d’expériences de la part de mes collègues ici.

      Je pense qu’il y va de l’écart entre la médecine et la psychiatrie, effectivement variable selon la façon dont le demandeur pratique la médecine (comme un généraliste, un interniste, un professeur d’université, ...) et le répondant la psychiatrie (comme un "psychiste", un comportementalo-cognitiviste, un professeur d’université, ...). Le problème, c’est qu’entre les deux il y a le même patient, diront certains. Le problème, c’est que la relation, c’est relatif, et qu’on ne peut l’éluder dans le commerce humain. Et la pratique de la médecine en est un, où même l’objectivité est subjective.

      Répondre à ce message

Répondre à cet article