Pratiques, les cahiers de la médecine utopique

Le Jeu de l’Oie

lundi 18 mai 2015, par Ménard

C’est comme le Jeu de l’Oie, tu connais le risque de tomber sur les cases qui te renvoie au départ. Il en va de même quand tu participes à la réforme du système de santé.

Je connais, pour l’avoir vécu, ce que signifie le passage de l’expérimentation d’une innovation d’organisation de l’offre de santé, vers un dispositif de droit commun. C’est comme si tu tombais sur la case « retour au départ » sur le colimaçon de la réforme de l’offre de santé. Ma première expérience fut celle des réseaux de santé. Leur inscription dans la Loi Santé de 2002 devait leur permettre de prendre et porter l’exercice collectif pluri-professionnel et médico-social dans la réforme du système de santé. En réalité ils ont servi d’effet d’aubaine financier pour permettre, avec la complicité de l’Assurance Maladie, à des services hospitaliers de construire des réseaux par pathologies. Cela n’a en rien modifier le système de santé et à fait perdre 15 ans à la nécessaire réforme, car encore aujourd’hui, ce sont les mêmes qui tentent de construire les plates-formes d’appuis qu’ils ont empêchées d’exister en 2002.

J’ai le sentiment que nous allons vivre un « bis repetita » avec l’extension des nouveaux modes de rémunération [1] pour les équipes exerçant en structures collectives. Comme pour les réseaux de santé, l’innovation issue des acteurs du terrain et soutenue dans le cadre expérimental par la politique de santé, devient, quand elle est généralisée, un dispositif qui change de finalité pour résoudre non plus les difficultés de l’accès aux soins et pour adapter les pratiques aux besoins de santé des populations, mais pour régler les problèmes de l’institution, ici l’Assurance Maladie.

En rigidifiant les procédures, en imposant des critères issus des fausses représentations que l’institution à de l’exercice professionnel, en étant obnubilé par le souci de vérifier l’utilisation de l’argent public (quand au même moment elle dilapide cet argent dans ses propres dispositifs : prado, sophia, etc.), en ayant qu’une confiance très limitée envers les professionnels de santé pour conduire la réforme, elle prend le risque de casser une dynamique de transformation et d’innovation par ailleurs évaluée comme très bénéfique pour la population et tout cela pour mieux contrôler les pratiques des professionnels et surtout diminuer les dépenses de santé. Objectif louable en soi mais aberrant quand il s’oppose aux professionnels qui ont bâti un système aux finalités identiques.

Une fois de plus l’institution politique et gestionnaire nous enferme dans ce paradoxe diabolique ; rester dans l’expérimentation et être soumis à la précarité et vulnérabilité de l’expérience ou accepter le passage dans le droit commun et perdre la spécificité, la nature de l’innovation. C’est désespérant et j’espère que cette fois-ci le rapport de force permettra de limiter le risque de tomber sur la mauvaise case.

Ce Jeu de L’Oie ne m’amuse plus, et il me dégoûte.

[1] un règlement de l’Assurance Maladie, permet à des professionnels de santé (infirmiers-ières, kinésithérapeutes, pharmaciens, médecins et autres professions) de percevoir de l’argent de l’assurance maladie pour ; coordonner les soins, partager des protocoles de soins, de conduire sur le territoire des actions de santé publiques, améliorer l’accès aux soins… Cette dotation financière a été expérimentée pendant 5 ans auprès de 300 équipes. La loi permet maintenant l’extension à toutes les équipes qui le souhaitent


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