Pratiques, les cahiers de la médecine utopique

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L’examen gynécologique est une épreuve particulière, et la plupart des femmes ne l’apprécient pas. Mais il faut bien le faire, n’est-ce pas, et l’apprendre aux étudiants qui, même s’ils l’ont expérimenté parfois sur mannequin [1], doivent se lancer à le faire en vrai un jour. Et nous tentons de l’enseigner, au centre d’IVG où je travaille, avec les explications et les égards auxquelles les femmes ont droit.

Très souvent, dans leurs précautions oratoires, ils/elles disent : Décontractez-vous, Madame.
Alors ma collègue se met en colère : Parce que tu crois que si on te dit ça tu vas faire autre chose que te contracter, justement ?
Comme c’est compliqué, parfois cela leur échappe encore plusieurs fois avant de trouver une autre formule.

Car comment dire ?
Détendez-vous ? … c’est la même chose.
Il est en effet mieux que la femme soit un peu détendue pour que l’examen (avec la pose du spéculum) ne soit pas douloureux. Car si, comme le dit la revue Prescrire : « Trouver un col au bout d’un spéculum est plus facile que trouver un tympan au bout d’un otoscope », l’enjeu est d’y arriver sans faire mal à la femme afin qu’elle n’appréhende pas encore plus tous les examens gynécologiques à venir dans sa vie médicale…

J’essaie d’expliquer : le vagin c’est très élastique, la preuve c’est que la tête du bébé peut passer par là (remarque en option, pas très heureux dans un centre d’IVG, à ne pas dire si la femme n’a jamais eu d’enfant, et non plus si elle a souffert d’épisiotomie ou de déchirure, donc mieux vaut s’abstenir en fait mais parfois je le dis quand même…) mais c’est aussi très musclé, pour qu’il puisse s’ouvrir un peu il ne faut pas se contracter. Si on se contracte c’est impossible de faire l’examen.

D’autres collègues disent : Faites-vous très lourde sur la table, comme si vous vouliez l’écraser.

On insiste sur le confort des reposes-jambes (mieux que les étriers) :
Reposez vos jambes là, vous verrez c’est plus confortable… 
Bougez les doigts de pied, vous voyez on n’est pas si mal comme ça…
Ou alors on est de bonne humeur, et on essaie l’humour :
C’est la séance de gymnastique, lancez vos jambes sur les reposoirs, vous allez voir ça fait les abdos… ou encore Reposez-vous c’est l’heure de la sieste, mais ne vous endormez pas !

Bref, on essaie tout ce qu’on peut pour mettre la femme à l’aise, la rassurer sur le fait qu’on va essayer de ne pas trop l’importuner, après lui avoir expliqué à quoi tout cela sert :
On va regarder le col, qui est l’ouverture de l’utérus, vous savez si vous mettez le doigt – mais c’est pas la peine de le mettre, vous pourriez vous faire mal – ça a la consistance du cartilage du nez, peut-être vous avez senti déjà… Et puis on va voir les pertes pour que vous n’ayez pas d’irritation si elles étaient un peu déséquilibrées, vous savez les pertes blanches c’est naturel, c’est les mêmes microbes que dans le yaourt, mais si ça devient comme du fromage blanc alors c’est peut-être une mycose… Et après on regardera l’utérus, avec un doigtier – là il faut expliquer qu’on va mettre les doigts dans le vagin, ce qui n’est pas plus sympathique comme idée, même si on se dit que c’est moins dur que le spéculum – sa taille, sa forme, s’il est en avant ou en arrière (les deux c’est normal), et des deux côtés les ovaires et si c’est bien souple, pour être sûr qu’il n’y a pas d’infection.
Ouf, à ce stade elle est complètement saoule de paroles, et on lui demande la permission de faire cet exercice bizarre en espérant qu’elle va le supporter quand même.

Parfois je leur dis aussi : Il y a des femmes à qui ça ne fait rien et d’autres qui détestent, chacune c’est différent dites-nous et on va essayer de ne pas trop vous embêter en le faisant.
Bon, d’autres fois c’est tellement horrible pour elles qu’on fait l’examen sous protoxyde d’azote et là on cause d’autre chose en les incitant à planer, et c’est beaucoup plus facile. Mais on n’a pas de bouteilles au cabinet, c’est un privilège de l’hôpital.  

Biblio : voir l’article écrit par moi-même dans le numéro de Pratiques sur « Le confort dans le soin » qui s’intitule « Pardon Madame »

[1] Aux Pays-Bas, les étudiants en deuxième année de médecine apprennent à faire l’examen avec des professionnelles, rémunérées pour cela, qui ne les ménagent pas : « Tu me fais mal, espèce de brute, tu ne sais donc pas où c’est le clitoris… ?


1 Message

  • Décontractez-vous… Le 11 décembre 2014 à 11:24 , par Pierre BZH

    " Décontractez-vous ", " ne vous inquiétez pas, ça ne va pas faire mal ", " attention, je pique ! ", toutes ces petites phrases se voulant rassurantes mais maladroites que certains soignants ont même appris au cours de leur formation et que l’on entend encore souvent.
    C’est auprès de professionnels expérimentés que l’on peut entendre d’autre façon de s’exprimer, de détourner l’attention. Ce qu’on appelle la " communication thérapeutique ".
    Je suis jeune médecin généraliste et c’est dans une formation d’hypnose et thérapie brève que j’ai appris ces outils très simples qui permettent d’examiner, de réaliser un geste avec plus de confort en premier lieu pour le/la patient-e, mais aussi pour le/la soignant-e.
    Ces notions de communication thérapeutique, avec des outils parfois puissant comme l’hypnose ericksonienne, se développent mais sont encore loin d’être enseignées dans la formation initiale. Que de temps perdu !

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