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Cancer : propagande et cécité

Le Monde a publié un supplément consacré à « la lutte contre le cancer ». Vous avez dû être exaspérés, comme nous, par cette « propagande » sur ce qui n’est, en fait, qu’une pseudo-lutte contre le cancer, à laquelle Geneviève Barbier, collaboratrice de Pratiques, réagit.

mardi 24 février 2009

Le Monde du 18 février publie un supplément de 8 pages intitulé sans détours Les Cahiers de la compétitivité et consacré à « la lutte contre le cancer ». Il suffit de le parcourir pour y retrouver partout les slogans habituels (« Manger, bouger... », « La génétique, un espoir »…), les mots d’ordre officiels (« se mobiliser..." « développer les partenariats »..., « poursuivre les actions engagées »...) et l’autopromotion des laboratoires en « publi reportage ». Il faut d’ailleurs s’y reprendre à deux fois avant de découvrir, en tout petits caractères, qu’il s’agit de « publicité » et, en bas de page, que « la rédaction du Monde n’a pas participé à la réalisation de ce supplément », promu par un mystérieux « Institut National de lutte contre le cancer ». A défaut d’y avoir « participé », le quotidien aura contribué à semer la confusion entre information et propagande.

En six ans et malgré tant de publications à charge, le message n’a donc pas varié d’un pouce : les malades n’ont toujours pas compris les causes de leur cancer (alimentation, tabac, alcool...), et leur comportement doit changer. Pour le reste, la pudeur exige de ne pas aborder la question des cancérigènes industriels, agricoles ou domestiques massivement présents dans l’environnement, et appelés à le rester : même les jouets pour enfants contiennent des substances dangereuses que l’Union européenne peine à interdire.

Très attachée à cette doctrine, l’Académie de médecine attribue encore 0,1% des cancers, pas plus, à la pollution, qui aurait donc baissé depuis le rapport Doll et Peto de 1980. Ce sont les mêmes qui assuraient en 1997 que l’amiante pouvait être utilisée, et cela trois mois avant son interdiction. Malgré 2000 morts par an dues aujourd’hui à l’amiante, personne n’aura été inquiété ou condamné pour diffusion de fausse nouvelle ou mise en danger de la vie d’autrui.

Depuis le Plan cancer 2003, deux tiers des cancers restent "inexpliqués" et le dernier rapport INSERM évoque enfin la responsabilité « des modifications de l’environnement » dans l’augmentation de l’incidence de certains cancers. Cette réalité devenue une évidence, des brochures nous annoncent encore que les résidus de pesticides dans les fruits et légumes ne constituent pas de risque pour la santé.

L’Institut National contre le Cancer (INCa) voudrait-il nous faire oublier une vérité pourtant simple ? La lutte contre le cancer passe avant tout par la lutte contre les cancérigènes. Les institutions, apparemment coupées de toute réalité, comprennent-elles seulement que la propagande du plan cancer, déjà difficilement soutenable en 2003, n’est plus crédible aujourd’hui et que cette obstination, sur un tel sujet, tourne au mépris ? Les Français s’interrogent sur les causes de trop nombreux cancers et ne sont plus dupes d’un optimisme qui s’apparente à la cécité. Ils savent que les conseils de prévention bénéficient surtout aux privilégiés tandis qu’une prévention véritable profiterait à tous. Ils veulent enfin comprendre la cause d’une telle incurie. D’ailleurs, la Cour des comptes a demandé que transparence soit faite sur les liens entre l’Institut et les entreprises privées. Question : Qui finance l’INCa ?

A l’heure où des signes d’exaspération se multiplient dans toutes les couches de la population et dans tous les domaines, « la société civile », n’a que faire de rapports secrets, de publicité déguisée ou de bons conseils. Ce que montre le supplément officiel sur la" lutte contre le cancer", ce n’est pas que l’espoir progresse, mais que la population est méprisée, la situation bloquée, et que seule l’inversion d’un rapport de forces entre les malades et l’institution pourra la dénouer.

Geneviève Barbier, Armand Farrachi, auteurs de La Société cancérigène, (Points Seuil 2004/2007)


2 Messages de forum

  • CANCER : PROPAGANDE ET CECITE Le 21 mars 2009 à 10:21

    bonjour,une question :
    Je voulais juste demander si par ex, de l’huile de tournesol importée d’ukraine, est controlée vis à vis d’une éventuelle radioactivité. Idem pour autre produits à même risque (géographiquement)de France ou d’ailleurs.A mon avis cela le devrait, et rejoint le sujet du cancer.
    merci de vos réponses.
    ML.

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    • CANCER : PROPAGANDE ET CECITE Le 26 mars 2009 à 12:26 , par Redaction de Pratiques

      Quelques info : 1/ On a beaucoup parlé ces temps ci de l’huile de tournesol ukrainienne, mais pas pour sa radioactivité présumée : simplement, un exportateur ukrainien a eu la bonne idée de "couper" cette huile avec de l’huile minérale (de l’huile moteur, quoi...). Elle s’est donc retrouvée sur les rayons des supermarchés de toute l’Europe, car redistribuée par nos grandes marques, sous leur label.

      Les autorités sanitaires européennes ont réagi : les lots d’huile contaminés ont été retirés de la vente, non sans un retard de plusieurs semaines. Pour les denrées alimentaires contenant des huiles contaminées, on a décrété que le consommateur européen serait capable d’absorber un mélange contenant jusqu’à 10 % de telles huiles.

      Ouf, on est soulagé pour nos malheureux industriels !

      2/ Pour la radio activité, impossible de savoir si les huiles ukrainiennes sont particulièrement surveillées. La question pourrait être posée par notre interlocutrice directement :

      soit à l’organisme officiellement en charge, parmi d’autres missions, de la surveillance des contaminations nucléaires de nos aliments, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) 31, avenue de la Division Leclerc 92260 Fontenay-aux-Roses Tel 01.58.35.88.88

      dont voici le lien :http://www.irsn.org/

      soit à l’organisme issu de la société civile, la Commission de Recherche et d’ Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD)

      471, avenue Victor Hugo 26000 Valence Tél. +33 (0)4 75 41 82 50 Fax. +33 (0)4 75 81 26 48

      dont voici le lien : http://www.criirad.org/

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