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Ah, les Génériques !

mardi 11 septembre 2012, par Ménard

Les génériques sont des médicaments. Mais peut-être ont-ils une autre vertu ? En plus de soigner une maladie somatique, ne révèlent-ils pas une maladie de société ? Comme un examen complémentaire montre la cause du symptôme, le générique montre que le fonctionnement de notre système de soins est gravement contaminé par le libéralisme économique. En tout cas, l’histoire des génériques est révélatrice.

Histoire version courte : il faut faire des économies, le budget médicaments est trop important, les vendeurs de médicament sont puissants. Il faut un compromis, dit gagnant/gagnant. Au terme du délai de protection par le brevet de création (délai qui permet de financer la recherche), la molécule utilisée rentre dans le domaine public et chacun peut en produire et en vendre à condition, bien évidement, qu’elle soit identique au médicament copié. Dans le même temps, on autorise le laboratoire à augmenter le prix de ses nouveaux médicaments (qui sont souvent que des copies modifiés de l’ancien, mais n’a-t-on pas dit gagnant /gagnant…).

Mais, revenons aux génériques. Apparaissent donc dans les pharmacies de nouvelles présentations des médicaments tombés dans le domaine public. Ces médicaments sont vendus à un prix plus bas que ceux dont ils sont issus. Néanmoins, les choses ne sont pas si simples : l’Assurance maladie sait bien que les habitudes des prescripteurs sont tenaces. Par conséquent, pour changer les comportements, on commence par la publicité, le conseil. Vient ensuite la menace et, enfin, la prescription devient contrainte, quand elle est intégrée à la mesure de la performance du médecin et se traduit alors par l’octroi d’une prime. Elle devient, de manière identique, contrainte pour le pharmacien et, bien sûr, pour le malade qui, s’il refuse le générique, perd le bénéfice du tiers payant. Et pan, sur la tête de ceux qui en ont le plus besoin, mais cela n’est pas nouveau !

Tout serait parfait dans ce monde merveilleux du médicament s’il n’y avait les sacro-saintes lois du marché. Les vertus de la concurrence commerciale gouvernent la vente des médicaments, comme dans tout process commercial. Le médicament devient un produit comme les autres et on vend le paracétamol fabriqué en Chine, comme on vend des chaussettes made in China. Ce qui compte alors, pour le pharmacien, c’est la marge obtenue par négociation qui, elle, porte sur les volumes. La concurrence est rude ! Résultat : les présentations changent à chaque changement de fournisseur des génériques concernés, le forcing est fait pour en réaliser la vente forcée et la chasse ouverte aux malades qui demandent aux prescripteurs d’inscrire sur l’ordonnance : « Non substituable » – mention qui doit être inscrite à la main et en toutes lettres, ceci, afin d’imposer la soumission des protagonistes à cette nouvelle organisation de la vente du médicament. Seulement, voilà : les malades sont, par nature, différents les uns des autres. La raison ne gouverne pas toujours leurs actes, ils trouvent souvent que le générique est moins efficace que le médicament. En somme, l’irrationnel fait partie de la vie. Plus grave, le changement de présentation conduit de plus en plus souvent à des erreurs de prise chez les personnes âgées – celles qui ne maitrisent pas la lecture – et les autres personnes fragiles, ce qui augmente la iatrogènese. Puis, petit à petit, ici et là, on s’aperçoit que l’affirmation selon laquelle le générique serait strictement identique au médicament n’est pas aussi certaine que cela…

Alors, qui croire ? Le vendeur ? Le producteur ? Le financeur ? Quand les intérêts des uns s’opposent à ceux des autres, il ne faut pas confondre communication et information. Et, dans le même temps où l’Assurance maladie mène cette légitime bataille pour la rationalisation des dépenses de soins, elle se décrédibilise dans l’affaire du Lucentis®.

Alors, jusques à quand allons-nous accepter d’être les pantins dociles exécutants de ces manœuvres grotesques et injustes ? N’oublions pas qu’au bout de la chaine ce sont les plus vulnérables qui trinquent, une fois de plus. Imposons la prescription en dénomination internationale de la molécule, (DCI), imposons une présentation pérenne des boites de médicaments, n’acceptons plus les leçons de morale de l’Assurance maladie, qui doit commencer par balayer devant sa porte.


13 Messages de forum

  • Ah, les Génériques ! Le 12 septembre 2012 à 12:55 , par michlev

    Bravo

    prescription en DCI et aubesoin remboursement d’un prix unique pour chaque molécule, pourquoi ne pas deconditionner et venrdre sous blister ?

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    • Ah, les Génériques ! Le 14 septembre 2012 à 11:10 , par Thomas

      Merci pour cet article.
      Médecin remplaçante, je subis régulièrement les pressions des patients qui sont en fait les pressions de leur médecin traitant ou de la spécialiste : "mon médecin/mon spécialiste ne veut pas que je prenne le générique", "refaites moi l’ordonnance, en écrivant non substituable, car je ne supporte pas le générique".
      Et lorsqu’on interroge sur quels sont les "effets indésirables" du générique, les réponses sont tellement floues. Je suis "allergique". D’accord, comment se manifeste l’allergie ? Et la réponse est encore plus improvisée, le patient est pris au dépourvu.
      Au fond, il a peur du générique, car son médecin traitant ou son spécialiste lui en a fait peur ou a mis un doute en lui. Ou encore il a lu dans la presse, les médias des articles mettant en cause la fiabilité du générique.

      Mais au fond, quand les patients achètent des tomates, prennent-ils garde aux pesticides qui ont été mis lors de la pousse de la plante ? Se posent-ils la questions des effets nocifs des toxiques du quotidien ?

      Alors à quand une industrie national du médicament qui fabriquerait chaque molécule en DCI pour le marché national, sans profit, interdisant la concurrence, une industrie nationale basée sur le bénéfice du patient en terme de sa santé, sur la sécurité du produit, la transparence et l’information scientifique fiable du médicament, sans conflit d’intérêt ?

      Dr Isabelle Thomas

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  • Ah, les Génériques ! Le 17 septembre 2012 à 10:44

    "Et pan, sur la tête de ceux qui en ont le plus besoin, mais cela n’est pas nouveau !"
    et oui Didier, surtout que ceux qui en ont les moyens, une carte de crédit par exemple, peuvent échapper à la contrainte en renonçant au tiers payant :
    la contrainte pour les pauvres, la liberté pour les riches, le Sarkozysme continue de sévir.
    Alex

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    • Ah, les Génériques ! Le 29 septembre 2012 à 15:19

      reste à savoir (mais la réponse va vite venir) si les anti-sarkozystes comptent y changer quelque chose. Tony Lambert
      PS : un doute m’étreint le coeur.

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  • Ah, les Génériques ! Le 17 septembre 2012 à 21:55 , par CHEMIN Patrick

    Le problème, c’est lorsque l’on remplace chez un diabétique le MOPRAL par un générique dont l’excipient est du saccharose !!!
    Je suis également pro-génériques lorsqu’ils seront la copie parfaite du princeps.
    Mais au fait, qui est-ce qui fixe le prix des médicaments remboursables ??? En tous cas ni le médecin, ni le pharmacien.

    Que les décideurs prennent leurs responsabilité et fixent le même prix pour le même produit. Pardon, j’avais oublié leurs conseillers dans les Laboratoires !!!

    Voilà les raisons principales qui font que j’en ai de plus en plus raz le bol que la sécu viennent gérer notre profession dite libérale.

    C’est pour cela que j’ai pris RV avec mon conseiller retraite pour partir le plus tôt possible...
    Et pour les même raisons, aucun jeune ne veut s’installer, JE FERME !!

    Amicalement

    P.CHEMIN

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  • Ah, les Génériques ! Le 18 septembre 2012 à 08:14 , par Pierre Sebbag

    Le plus extraordinaire est l’hypocrisie de nos décideurs dans ce domaine.
    On fait coexister des produits équivalents à des prix différents.
    Il aurait été bien plus simple une fois la protection du brevet terminée (et la durée en est calculée large pour rentabiliser la recherche et développement investis) de baisser le remboursement, voire le prix (fixé par les décideurs) du produit princeps en référence aux fournisseurs moins disant.
    C’est ce qui se fait dans certains pays et le princeps aligne son prix sur les génériques sinon il ne vend plus.

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    • Ah, les Génériques ! Le 19 septembre 2012 à 15:31 , par plessier

      Tout a fait d’accord avec cette logique qui me parait primordiale , un base de remboursement identique pour la meme molecule et donc tous les génériques .

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  • Ah, les Génériques ! Le 24 septembre 2012 à 13:16 , par jooster

    la solution de bon sens est de rembourser tous les médicaments sur un tarif de responsabilité , qui lorsque le brevet est échu ,serait celui du générique le moins couteux , à charge pour le "client" amateur de produits de marque d’acquitter lui-même la différence.plus simple et évite que la CPAM rembourse hors tiers-payant, mais rembourse quand même au tarif du produit "leader. Ceci à condition que des controles qualité soient faits sur les produits, pour ne pas reproduire les accidents gravissimes liés aux héparines Baxter dont les composants, frelatés avaient été importés de chine.Oh scandale, Il ne s’agissait pas de génériques mais de produits de marque facturés plein pot aux hopitaux U.S.

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  • Ah, les Génériques ! Le 24 septembre 2012 à 15:43 , par Dr Corinne TILLOY

    Non,les génériques ce n’est pas la même chose que les princeps !
    Pendant des années,j’ai répété à mes patients ce que l’on nous assène à longueur de communication/manipulation et j’ai appris récemment lors d’une formation OGC avec un médecin du centre de pharmacovigilance de Nice que les génériques avaient le droit d’avoir une activité supérieure ou inférieure de 25% par rapport au princeps...(vous imaginez bien que c’est surtout inférieur !) sans compter les excipients qui n’ont aucune contrainte.Mes patients qui me disaient ne pas ressentir le même effet avaient raison !
    Je suis très en colère d’avoir répété ce mensonge à mes patients et de ne pas les avoir cru parce que je croyais une information erronée.Cessons de nous laisser culpabiliser au nom d’économies à faire quand dans le même temps les gouvernements successifs cautionnent la gabegie : vaccins H1N1,Lucentis etc...

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  • Ah, les Génériques ! Le 25 septembre 2012 à 14:07 , par Séraphin Collé

    Quelle galère !!!

    Tous les jours il faut maintenant défendre ma prescription en DCI :
    - Mais, Docteur, vous ne seriez pas en train de me prescrire des génériques ?
    - Non Mme Pichu, je vous prescris un traitement avec son vrai nom, la dénomination commune internationale, celui qui peut être compris quel que soit le pays dans lequel vous iriez...
    - Mais Docteur, vous savez bien que Marcel et moi, on passe toutes nos vacances à Leucate, alors ???
    - Mme Pichu, vous me faites confiance ?
    - Oui, Docteur, mais...
    - Je vous garantis qu’avec ce traitement vous serez soulagé avec peu de risque d’effet secondaire (là je m’avance un peu...).
    - Parce que, Docteur, vous savez la dernière fois quand vous m’aviez prescrit cet antibiotique en générique, il ne m’avait pas du tout soulagé !
    - Madame Pichu, cela n’a rien à voir avec le fait que ce soit un générique. C’était parce que votre infection résistait à la molécule...
    - Peut-être, Docteur, mais je sais moi que les génériques ils marchent pas sur mon organisme... Par contre je sais aussi que le pharmacien, çà l’arrange de me donner des génériques parce qu’il gagne plus d’argent qu’avec le vrais médicament...
    - Si vous le dites Madame Pichu... Vous savez aussi que la Sécu elle dépense moins d’argent avec les génériques... Et donc c’est des économies qu’on fait tous ensemble !
    - Je veux bien qu’elle fasse des économies mais pas sur ma santé !

    Et là je ne sais plus quoi répondre... J’essaie simplement de détourner son attention :

    - Au fait, Mme Pichu, quand est-ce que vous avez fait votre dernière prise de sang ?

    C’est une technique qui marche une fois sur deux mais quelle galère...
    Des fois je me demande si cette dépense d’énergie est utile pour soigner Mme Pichu...
    Pour pas mal de patient GENERIQUE=NOCEBO...

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    • Ah, les Génériques ! Le 26 septembre 2012 à 08:23 , par Dr Corinne TILLOY

      Et ils ont souvent raison (cf ma communication précédente) !Non,les princeps et les génériques ce n’est pas équivalent !

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  • Ah, les Génériques ! Le 26 septembre 2012 à 08:28 , par Dr Corinne TILLOY

    Dernière en date:la CPAM du Var enjoint les pharmaciens à refuser le tiers-payant même quand le médecin a inscrit "non substituable" dans les règles actuelles=à la main ,à gauche et devant chaque médicament.J’ai la circulaire qu’un pharmacien m’a faxée.Est-ce un abus de pouvoir de la caisse du Var ou est-ce conforme aux directives nationales ?Quelqu’un pourrait-il me renseigner ?

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