Le programme « Santé » des candidats est sans espoir

Certains prophétisaient que la question de la réforme du système de santé (s’il existe) serait au cœur de la campagne électorale. Pour l’instant, on ne voit pas grand chose. L’UMP persiste dans son obsession de lutte contre les fraudeurs, une chimère qui semble rassurer son électorat. Le FN, étendard de la xénophobie déployé, poursuit sa guerre contre les populations immigrées. Le PS flatte tous les corporatismes, chaque syndicat représentatif est content de son entretien avec le candidat. Le Centre répète des évidences. Le Front de Gauche proclame, à juste titre, que la santé n’est pas une marchandise, le « Manifeste pour une Santé Egalitaire et Solidaire » avance des propositions, mais cela ne fait pas système… Chacun se retranche dans son camp, personne ne propose un projet crédible de transformation de l’offre de soins, pour enfin construire un véritable système de santé.

Certes, la tâche est rude. Il faut à la fois réinventer un système économique de financement de la protection sociale, réinventer simultanément l’exercice de la médecine ambulatoire en s’affranchissant des vieux dogmes du libéralisme, inventer l’hôpital moderne, construire un système qui fonctionne dans la transversalité de l’action des acteurs médico-sociaux et en finir avec la pesanteur des systèmes hiérarchiques qui stérilisent l’innovation.
Bref, il faut se bousculer les neurones, oser s’adapter aux réalités car, pendant que chacun essaye de trouver la solution à l’intérieur de son pré carré, les défis de santé se multiplient, nous soignons de plus en plus de poly-pathologies chroniques, qui mobilisent la compétence d’autres acteurs de la santé, les biotechnologies ne permettent plus d’espérer guérir les maladies chroniques devenues de plus en plus mortelles, l’accès aux soins est devenu une épreuve quotidienne pour un nombre croissant de Français. Tout ceci pose la question de l’égalité, mais aussi du système de financement : comment se répartissent les rôles entre le régime obligatoire et le régime complémentaire, celui-ci doit il disparaître ?

Le chantier est immense. Il est venu le temps de prendre la décision politique de refonder un système de santé en France. Nos aînés du Conseil National de la Résistance avaient eu ce courage. Pourtant, les temps étaient autrement difficiles. Mais le désir d’égalité et de justice sociale animait le moteur de leur volonté. C’est cela qui manque le plus, aujourd’hui.

lundi 6 février 2012, par Didier Ménard

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