Boomerang

La réponse qui est apparue sur le Blog du Dr S, trois jours après ma première livraison, m’a fait l’effet d’une douche froide. Je m’attendais à pas grand-chose, peut-être des condoléances, de la compassion voir un silence qui me renverrait à mes certitudes… Ce que je raconte n’intéresserait pas grand-monde.

Mais ce témoignage-miroir, bref mais cinglant, m’a choqué. Il m’a fallu plusieurs lectures pour comprendre qu’il ne s’agissait pas de l’histoire de mon propre patient et que par un hasard malencontreux, un autre soignant avait été confronté à une situation analogue.

J’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire banale et que quelque part en France, il était arrivé à un autre pépé un évènement identique et que ce décès était « PRESQUE » normal…

Cependant, cette coïncidence m’a fait penser qu’il devait certainement y en avoir d’autres. Combien de papy et de mamy succombaient non pas de leur belle mort mais d’une complication hémorragique cérébrale à la suite d’une chute banale parce qu’ils étaient sous un traitement anticoagulant ?
En interrogeant les bases de données médicales comme CISMef [1] ou la Haute Autorité de Santé [2]], il apparait que cette complication est loin d’être exceptionnelle. Les anti-vitamines K (AVK) sont la 1re cause de complications hémorragiques iatrogènes avec 17000 hospitalisations et environ 4000 décès par an en France et qu’un bon nombre pourraient être évités.

Pour mon patient, cet accident n’était pas lié à un surdosage. Nous avions essayé de limiter ce risque avec l’aide des infirmières et le dernier INR était parfait. Mais sous AVK, la moindre chute peut être fatale. Le risque de chute avait été négligé et surtout, le traitement prescrit par l’équipe cardiologique n’avait pas été remis en question.

Finalement, la réponse de ce correspondant a eu l’effet d’un électrochoc en stimulant cette réflexion.

Ce blog sera j’espère un miroir de nos pratiques où chacun aura la liberté d’exprimer ses expériences. J’espère qu’il sera également un espace de réflexion pour une prise de conscience de nos responsabilités en tant que soignant, prescripteurs ou effecteurs de soins.

dimanche 12 mai 2013, par Dr S.

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