Pratiques N°32 Le temps de la parole

Ce temps, il faut le reconquérir d’abord pour soi afin que cette réappropriation permette collectivement de soutenir l’idée de sa nécessité. A une époque où la modernité nous conduit à rechercher le « prêt à penser », l’inscription du débat, de l’échange, de la réflexion, devient un enjeu politique.

Parler, échanger suppose l’écoute, écouter l’autre, sa parole, son silence, sa souffrance, c’est, dans un mouvement de reconnaissance, lui permettre de se resituer dans son histoire, de dire quelque chose de ce corps qui parle à sa façon. Prendre le temps, s’attarder, bavarder, c’est donner à l’autre l’occasion de s’exprimer, c’est créer les conditions de la rencontre et se mettre en position de soutenir ce moment fait d’incertitudes. Si parler c’est s’exposer, écouter, c’est s’ouvrir à l’étonnement, c’est prendre le risque de se laisser surprendre. C’est ouvrir cet espace propice à la relation qui est au cœur des pratiques médicales, éducatives et sociales. Prendre soin de l’autre, dans toutes les dimensions qui en font un être à la fois différent et semblable à soi, c’est le reconnaître comme sujet. Cette reconnaissance réciproque vient enrayer la logique consistant à faire de l’autre un objet de connaissance, à le chosifier en gommant ainsi tous les aspérités de la relation pour s’installer dans une place faisant peu de cas du sujet comme être de désir. En contournant l’inconfort de la relation dans ce qu’elle peut avoir d’interpellant, on se prive d’une possibilité de faire retour sur nos propres motifs, sur notre désir.

Différents champs disciplinaires ont été sollicités pour témoigner de l’importance de la parole à travers des pratiques singulières qui sont livrées ici comme autant de témoignages, du refus de l’instrumentalisation des métiers reposant sur la relation à autrui, et de l’engagement citoyen. C’est ce refus qui restaure la possibilité de questionner les actes qui nous constituent comme sujet, que ce soit dans le colloque singulier, ou encore dans cette discussion collective qui donne du poids à la parole de chacun et nous permet d’élaborer une réflexion commune.

À travers le récit de leurs pratiques, les auteurs nouent ici quelque chose qui incite à prendre toujours le temps de la réflexion et de la parole...

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Sommaire du N°32

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