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Grand couillon, le retour...

vendredi 3 février 2017, par Lorrain

Eh oui peut-être faire un remake, eh oui pourquoi pas, encore, vous faire part de mon désarroi.

La grippe est là, en janvier, « une épidémie précoce » qu’ils disent, c’est sur France-Inter que j’écoute le matin… et les urgences hospitalières sont débordées… la ministre est au taquet… et les communicants communiquent… c’est l’hiver, j’ai pourtant l’habitude…

« Tu te mouches dans ta manche », moi ma grand-mère m’aurait filé une taloche pour ça…
et le mouchoir, jetable, tu le jettes dans une poubelle à couvercle fermé…
et j’ai même vu des spots à la télé : des virus vicelards qui profiteraient de l’absence de couvercle pour s’échapper et, gnac gnac, faire leur œuvre contaminante…
et « tu te laves les mains », savon éventuellement, mais aussi soluté hydro-alcoolique…
et les gens qui viennent ne me serrent plus la main, je vois bien qu’ils aimeraient que je décontamine la clenche de la porte avec une lingette…

Bon, d’accord pour transmettre un message d’hygiène… mais il me semble que la grippe est transmise par un virus à tropisme respiratoire (ce qui en fait sa gravité potentielle) et qu’il me faut bien expliquer les gouttelettes de sludge « vous voyez, quand il fait froid et que respirez dehors, le petit nuage que vous expirez, c’est de la vapeur d’eau générée par les voies respiratoires, mais là-dedans il y a aussi quelques cellules desquamées des muqueuses respiratoires qui hébergent des virus… c’est comme ça que ça se transmet »… et je donne un masque pour limiter la transmission à leur entourage… et je leur dis de rester à la maison… trop tard quand ils ont déjà tenu bon depuis 2 jours, bons soldats de la productivité… mais ils sont surpris quand je leur dis que ça va être fatigant et que, non, 2 jours ça ne va pas être assez…

et les urgences hospitalières sont débordées…
et y aura-t-il plus de morts qu’en 2014…
et les incinérateurs sont débordés… liste d’attente là aussi !
et…

Mais les urgences hospitalières sont débordées, le nombre d’heure d’attente des malades, le plus souvent très âgés, sur un brancard est exposé, par ce qu’il n’y a pas de lit pour les accueillir dans des services aussi débordés alors ça communique, grave « reporter les interventions non urgentes », alors qu’on vient de réduire drastiquement le nombre de lits d’hospitalisations, qu’on vient de promouvoir la nécessité de ces interventions rentables, que les services hospitaliers tentent de s’adapter, que les collègues en souffrent, que les infirmières et les aides soignantes se désespèrent
et encore plus les stigmatiser… « moins de 25 % des personnels serait vaccinés »… eh alors ça veut dire quoi ?
que ce seraient les soignants qui contamineraient la population ?
que ce seraient de mauvais citoyens-travailleurs s’exposant à un absentéisme préjudiciable ?
que la vaccination des vieux, politique publique de santé actuellement en vigueur, est une connerie : est-elle efficace ?
que la vaccination n’est pas la seule solution, mais qu’il faut que les malades restent chez eux et qu’en cas d’épidémie la présence au travail devient pathogène… d’autant qu’open-space et réunionnite favorisent la chose…

J’ai toujours l’impression d’être pris pour un couillon quand j’entends tout ça.

Philippe lorrain, grand couillon [1] toujours de service.

[1] Lire aussi cet article de 2009


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