Pratiques, les cahiers de la médecine utopique

Banlieue

mercredi 8 mars 2017, par Ménard

Au sein des quartiers populaires nous recevons dans nos lieux de soins une population qui exprime ses difficultés et ses souffrances. Nos consultations sont des moments où se libère la parole, où les jeunes témoignent de cette discrimination dont ils sont victimes, notamment les incessants contrôles « virils » de la police. Cette confrontation permanente et violente entre la jeunesse et la police aboutit aux risques de la violence extrême, que cela soit à Viry-Chatillon où à Aulnay-sous-Bois.

Cette haine réciproque est un symptôme de ce qu’est devenue la vie dans ces cités où domine la précarité, le chômage et l’abandon social. Mais c’est faux de qualifier ces quartiers de zones de non droit, c’est faux de croire qu’ils ne sont qu’impliqués dans l’économie souterraine, ces quartiers ne sont pas ce que les médias en disent et les analyses des « experts » sont partiales et anti-jeunes. Ils ne savent pas que la majorité de cette jeunesse étudie, s’investit dans l’expression artistique, dans les actions de solidarité, dans le sport… mais tous ces jeunes ont en commun de subir la violence verbale de la police qui insulte, qui tutoie, qui rudoie… je l’ai vécue.

Ce n’est pas en modifiant la Loi pour donner encore plus de légitimité à ses excès que nous ferons cesser cette confrontation mais en exigeant de la police qu’elle devienne respectable, et alors on pourra exiger des jeunes la réciprocité.

Nous accompagnons les habitants des quartiers populaires pour les soigner, pour les aider à ne pas sombrer dans le fatalisme qui les condamnerait à croire être pour toujours les exclus de la société.

Nous attendons du gouvernement qu’il fasse plus pour ceux qui ont le moins et qu’il n’attende pas qu’un jeune se fasse violer pour découvrir la problématique relation de la police avec la jeunesse.

Nous n’appelons pas au calme, qui signifie pour les habitants des quartiers populaires la soumission, mais à l’expression de la colère qui ne peut se réduire à brûler des voitures. Le temps de la justice est trop long et personne dans les banlieues ne croit en une justice équitable quand il s’agit des jeunes des cités.

Nous appelons à l’expression de la dignité et au respect des habitants des quartiers populaires.


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