Pratiques, les cahiers de la médecine utopique

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Un blog nouveau... et deux décès

Le temps passe (trop) vite, j’ai l’impression que le 1er février 1999, c’était hier.
J’avais soutenu ma thèse durant l’été 1997, j’avais commencé à faire des remplacements quelques temps auparavant. D’abord à SOS-Médecins, par curiosité… Je me suis vite rendu compte que ces contacts fugaces avec les patients me laissaient comme un goût d’amertume. Le goût du travail trop vite (voire mal) fait et des revenus rapides (voire usurpés). Mais j’avais une famille à nourrir ! J’ai dû continuer, surtout pendant le service militaire où la solde était maigre. Dès que j’ai pu, j’ai privilégié d’autres types de remplacements.

J’avais espéré pouvoir travailler dans l’Hôpital local qui m’avait formé en tant qu’interne de médecine générale. Mais après 9 mois de poste de faisant fonction, je me suis rendu compte que je courais après des chimères. Les seules opportunités auraient été de passer une capacité et d’attendre 3 ans. Je ne souhaitais ni l’un ni l’autre. J’ai donc compris que la seule possibilité qui était réaliste serait l’exercice libéral, même si cela ne me plaisait pas trop dans le principe…

J’ai donc commencé à faire des remplacements de médecins sur mon secteur, pour voir… J’ai pu faire l’expérience du travail isolé, du travail en groupe. J’ai essayé en centre-ville, à la campagne, dans les quartiers. J’ai découvert qu’on pouvait faire 10 ou 60 actes par jour selon qu’on acceptait (ou pas) d’examiner, de faire déshabiller ou même de voir les patient à qui l’on faisait une feuille de soins…

Alors, j’ai progressivement découvert comment je ne souhaitais pas travailler ! Comment certains étaient à la limite du vol ou de l’inconscience ! Comment certains n’avaient pas le même sens de l’éthique que moi, ni la même conception des bonnes pratiques. J’ai surtout découvert que je souhaitais travailler avec d’autres professionnels de santé avec qui partager, certes, des moyens, mais surtout une fin… prendre soin de l’autre, sans a priori, sans jugement, si possible sans influences, avec bienveillance et humanité, dans le respect de l’altérité.

J’ai pu enfin trouver un centre médical qui me correspondait. Alors que je travaillais à l’hôpital local, une infirmière du service m’apprenait que son médecin traitant était en train de concevoir un centre pluri-professionnel et qu’il cherchait un remplaçant pour éventuellement s’associer ultérieurement. Ces remplacements réguliers m’ont permis de me sentir de plus en plus à l’aise avec les patients et mes collègues. Nous avons constitué progressivement un cabinet de groupe avec 2 puis 3 et enfin 4 médecins, mais aussi infirmières, dentiste, kiné, podologue et orthophoniste. Un endroit où l’on pouvait se parler, dire nos joies, nos doutes et réfléchir ensemble dans les situations complexes. Un centre médical où l’on pouvait demander l’aide du confrère quand on n’y comprenait rien, pour examiner ensemble, prescrire, élaborer un projet de soins… Savoir qu’en son absence, il y aurait des professionnels compétents qui sauraient poursuivre la prise en charge de nos patients.

Ce cabinet est, selon moi, exemplaire de ce que peut être l’exercice regroupé, même s’il y a des choses à améliorer. J’ai également pris récemment conscience qu’il pouvait être un lieu d’apprentissage pour des étudiants externes ou internes en médecine générale.

Depuis trois mois, j’accueille des étudiant(e)s de 4ème année, des externes qui découvrent pour la première fois ce que les soins primaires sont, dans leur spécificité et leur complexité… et que c’est beau, la Médecine Générale !


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