Bien sûr que non, nous ne sommes pas égaux face à la mort... Et ce n’est pas seulement lorsque le cancer ou l’infarctus arrive : c’est dès le début de la vie (j’oserais même dire : avant d’avoir été conçu). S’il m’arrive de me mettre en colère, ce n’est que contre moi même, pour avoir laissé passer une appendicite après avoir expliqué au patient que sa douleur était une banale colite de fermentation, ce que je croyais... ou pour avoir laisser passer une pneumopathie chez une personne âgée, dont l’auscultation est perturbée depuis des années par une volumineuse hernie hiatale... Dans les deux cas, je n’ai pas "ouvert le parapluie" des examens complémentaires, croyant bien connaître mes patients. Je ne peux même pas assurer que je ne referais pas ce genre d’erreur, parce que c’est inévitable. Et, merci aux patients qui ne se sont pas mis en colère contre moi, merci à l’hôpital qui a sauvé ces gens, à ces médecins qui ont fait leur boulot sans en vouloir à quiconque.
S’il y a une chose contre laquelle il faudrait se mettre en colère, ce n’est pas contre tel ou tel professionnel de santé qui fait une erreur (que celui qui n’en a jamais fait jette la première pierre !), mais bien contre cette pyramide de l’inégalité qui structure notre société, structure à laquelle nous, médecins, nous participons.
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